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Acier - Fusion de Mittal et d'Arcelor

category france / belgique / luxembourg | Économie | autre presse libertaire author Wednesday June 28, 2006 06:19author by Louise - A voix autreauthor email avoixautre at no-log dot org Report this post to the editors

Ce 25 juin, le sidérurgiste Arcelor a fusionné avec Mittal Steel, dont il repoussait les propositions depuis cinq mois. Les actionnaires sont les grands gagnants. Les syndicats, eux, sont inquiets.

Ce 25 juin, le sidérurgiste Arcelor a fusionné avec Mittal Steel, numéro un mondial, dont il repoussait les avances financières depuis cinq mois. Un nouveau groupe naît, qui comptera 320.000 employés dans le monde et aura une capacité de production de 113 millions de tonnes, soit presque 4 fois plus que son premier concurrent, Nippon Steel.

D’hostile, l’offre publique d’achat (OPA) de Mittal est-elle subitement devenue amicale ? Non, la proposition d’un rapprochement avec le russe Severstal pour contrer l’offre de Mittal a effrayé les actionnaires.

Les différentes offres de Mittal, systématiquement repoussées quoique toujours plus élevées, ont permis une belle valorisation des actions. Au moment de l’accord, celles-ci ont plafonné à 40,37 euros contre 28,21 dans l’offre initiale de Mittal en date du 27 janvier. [1]

Les actionnaires sont les grands gagnants de cette guerre très coûteuse, puisque Arcelor a engraissé le dividende pour les dissuader de vendre leurs titres à Mittal.

Les syndicats, eux, sont inquiets : « En Wallonie, même si nous faisons de la qualité, que pèserons-nous dans ce nouvel ensemble si la recherche de synergies devait conduire à de nouvelles fermetures d’outils ? », s’interroge ce 26 juin Jordan Atanasov de la CSC-Métal [2].

Du côté du pouvoir politique, la Région wallonne, qui possède une participation de 2,4% dans le capital d’Arcelor, elle va vraisemblablement apporter ses titres dans le cadre de la fusion. Le Premier ministre Guy Verhofstadt estime, pour sa part, que « Mittal a en plus fourni des garanties écrites quant aux filiales belges d’Arcelor ». Des garanties que Atanasov signale n’avoir jamais vues... [3] Prudence, donc.

Le leurre du patriotisme économique

Alors qu’Arcelor a essayé de pousser les syndicats à prendre position contre Mittal, le volte-face du sidérurgiste européen rend désormais totalement transparent l’argument du patriotisme économique employé face à son concurrent indien : c’était bel et bien un leurre. « Ceci confirme que les discussions n’ont jamais porté sur les enjeux sociaux et industriels. Tout cela n’est qu’une question de partage de richesse entre des actionnaires, sous l’arbitrage de fonds de pension. Quand on pense que ce sont finalement les travailleurs qui alimentent ces fonds de pension, qui n’agissent en rien au mieux de leurs intérêts, on est en droit de se poser des questions... », fulmine ce 26 juin Francis Gomez, président des métallurgistes liégeois de la FGTB. [4]. Opinion similaire chez les syndicalistes métallos français : « Cinq mois de bataille contre Mittal où la direction a engagé les salariés et les syndicats pour arriver à ça, ils nous prennent vraiment pour des imbéciles », a déclaré Marc Barthel, représentant syndical national de la CGT d’Arcelor. [5]

Le « patriotisme économique » (alias « chacun pour soi ») est la pire des pestes. D’une part parce qu’il n’est qu’un des visages du nationalisme guerrier d’autre part parce qu’il fait le jeu du patronat en opposant des travailleurs dont les intérêts sont pourtant identiques. Ce patriotisme économique incite à « manger avant d’être mangé ». Lorsqu’Arcelor a acquis de haute lutte le canadien Dofasco, les réactions n’ont bien entendu pas été les mêmes... C’est la logique de cette guerre économique : « Conquérir et ne rien céder ». Le « patriotisme » en langage de businessman, ce n’est rien d’autre que la jungle capitaliste vaguement relookée.

Les syndicats ont évité le piège

Depuis le début de l’OPA de Mittal Steel, les syndicalistes ont évité le piège. Alors que certains entendaient défendre Arcelor au nom de la belgitude, alors que les pratiques sociales de Mittal étaient vivement dénoncées, Francis Gomez s’était indigné à juste titre le 1er février : « Je refuse qu’on présente Arcelor comme un modèle social. A Liège, ce groupe a tué des milliers d’emplois en condamnant nos hauts fourneaux. Comment Mittal pourrait-il faire pire ? » Une évidence confirmée par Paul Liakos, secrétaire général de la CSC-Métal, à qui les événements donnent raison : « Les travailleurs sont perdants quoi qu’il arrive. Si Arcelor gagne, il serrera les boulons pour augmenter le cours de son action. Si Mittal gagne, ce sera la quête des synergies à tout prix. Nous n’avons pas à choisir entre ces deux requins sur lesquels personne n’a de prise. » [6]

Réagir

Le conseil d’admistration du nouvel ensemble sera composé de 6 membres nommés par Mittal et de 12 nommés par Arcelor dont 3 représentants les employés... Trois, pour les employés : une bagatelle. Dans ce dossier, l’autogestion prend toute sa dimension : la version bousière de la démocratie - pas d’actions, pas ou peu de voix... -, ça suffit. Il est temps que travailleurs et usagers ne dépendent plus du bon vouloir des actionnaires, des intérêts financiers particuliers. Ce qui passe par la collaboration des travailleurs au niveau international... et régional.

Concrètement, en Belgique, près de 15.000 salariés bossent pour Arcelor : principalement à Liège, Charleroi, Gand et Genk, autrement dit des deux côtés de la maudite frontière linguistique... La solidarité s’impose aux métallos FGTB du Nord au Sud du pays malgré la récente déchirure de leur Centrale syndicale en ailes flamande et wallonne. Les ridicules querelles de clocher montrent clairement leurs limites, face à la naissance du géant de l’acier.

Des points d’interrogation

Comment le nouveau groupe va-t-il se comporter ? Quatre fois plus imposant que son premier concurrent, Nippon Steel, qui ne pèse « que » 33 millions de tonnes, il est en mesure d’imposer ses décisions dans plusieurs secteurs, d’autant qu’il représente désormais 10% de l’acier consommé dans le monde.

La fusion unit le premier fournisseur mondial de l’industrie automobile (Arcelor) avec un producteur bien implanté dans des zones à forte croissance comme l’Europe de l’Est et l’Asie, ainsi qu’aux Etats-Unis (Mittal) [7]. Ce qui aura probablement des conséquences économiques et politiques. Un nouveau jeu de dominos vient-il de commencer au sein du monde des travailleurs ?

[Louise]



Notes :

[1] Le Soir du 26 juin

[2] Le Soir du 26 juin

[3] L’Echo du 27 juin 2006

[4] Le Soir du 26 juin

[5] L’Humanité du 26 juin 2006

[6] Le Soir du 1er février

[7] Le Soir du 26 juin

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