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Ce n’est pas un crime de se réfugier

category indonésie / philippines / australie | migration / racisme | opinion / analyse author Wednesday August 21, 2013 12:47author by Sean Matthews Report this post to the editors

Le point de vue d’un immigrant irlandais sur le débat australien

Un anarchiste irlandais vivant à Melbourne, en Australie, nous donne son point de vue sur le débat sur les ‘demandeurs et demanderesses d’asile’ dans la trame des élections qui viennent. Il soutient que les travailleurs et travailleuses d’Irlande devraient être solidaires avec les plus marginalisé-e-s et les plus dépossédé-e-s de notre société. Dans les mots d’un activiste autochtone : « Comme personnes qui connaissent ce que c’est d’être envahi-e-s par les boat-people, nous sommes en meilleure posture pour juger comment les boat-people actuel-le-s devraient être traité-e-s. Alors que les boat-people initiaux et initiales qui ont envahi notre pays étaient armé-e-s jusqu’aux dents et poussé-e-s vers la conquête, les demandeurs et demanderesses d’asile de 2012 sont sans armes et recherchent sanctuaire ». [English]
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Ce n’est pas un crime de se réfugier – Le point de vue d’un immigrant irlandais sur le débat australien


Un anarchiste irlandais vivant à Melbourne, en Australie, nous donne son point de vue sur le débat sur les ‘demandeurs et demanderesses d’asile’ dans la trame des élections qui viennent. Il soutient que les travailleurs et travailleuses d’Irlande devraient être solidaires avec les plus marginalisé-e-s et les plus dépossédé-e-s de notre société. Dans les mots d’un activiste autochtone : « Comme personnes qui connaissent ce que c’est d’être envahi-e-s par les boat-people, nous sommes en meilleure posture pour juger comment les boat-people actuel-le-s devraient être traité-e-s. Alors que les boat-people initiaux et initiales qui ont envahi notre pays étaient armé-e-s jusqu’aux dents et poussé-e-s vers la conquête, les demandeurs et demanderesses d’asile de 2012 sont sans armes et recherchent sanctuaire ».

S’il y a une chose que notre barbare et corrompue classe politique a en commun de l’Irlande à l’Australie, c’est le besoin de nous garder divisé-e-s au moyen du bâton et de la carotte. Leur arme de prédilection est souvent l’attisement des divisions, faire des boucs émissaires des minorités et la peur de l’Autre. Dans le cas de l’Australie, ce que j’ai bien appris depuis que je suis arrivé sur ces rives, c’est le spectre des « boat-people » ou des demandeurs et demanderesses d’asile qui domine le discours politique grand-public à l’approche des élections. Dans le fond, deux nuances du même establishment politique cherchent à l’emporter une sur l’autre dans une course à savoir qui peut offrir la forme de traitement la plus cruelle pour les hommes, les femmes et les enfants fuyant les persécutions, la faim et l’oppression.

Vous n’avez pas à creuser loin en-dessous de la surface pour mettre à nu ce terrorisme raciste et parrainé par l’État qui a tragiquement résulté en au moins 1376 réfugié-e-s se noyant en tentant de rejoindre l’Australie depuis 1998. Derrière toutes les statistiques demeure une histoire individuelle et une tragédie familiale. Derrière l’hystérie des ‘resquilleurs’ de files d’attente et de ‘l’afflux de criminalité’, la réalité est que l’Australie prend moins d’un pourcent des réfugié-e-s de la planète, des gens fuyant souvent des conflits et occupations militaires créé-e-s par l’impérialisme occidental comme celles d’Irak et d’Afghanistan. Pour la vaste majorité des réfugié-e-s, il n’y a pas de file d’attente à joindre, spécialement quand c’est une question de vie ou de mort.

Dans un effort pour ‘arrêter les bateaux’, autant les politiques du Parti Travailliste que celles de la coalition maintiennent l’idée que les demandeurs et demanderesses d’asile devraient être évalué-e-s et trié-e-s – illégalement détenu-e-s – dans des camps de détention actuellement construits en Papouasie Nouvelle-Guinée, état indépendant qui a été soudoyé et intimidé par le gouvernement australien. Jusqu’à maintenant, des gens ont été détenus dans certaines des îles les plus isolées du monde ; à l’île Christmas et dans les petites îles Nauru et Manus. Ils et elles sont détenu-e-s dans des conditions effroyables de surpeuplement où le viol, la torture et le suicide sont répandu-e-s, des conditions qui ont été condamnées par les groupes internationaux de défense des droits humains et les Nations Unies. Un ex-agent de sécurité de l’île Manus a affirmé : « Je n’ai jamais vu des êtres humains autant dépourvu-e-s, autant sans défense, autant désespéré-e-s. En Australie, l’installation ne pourrait pas même servir de chenil pour chien… J’ai eu honte d’être australien (1) ».

Dans sa tentative de battre le Parti Travailliste et sa ‘Solution PNG’, Tony Abbot, fondamentaliste éduqué à Oxford et chef de l’opposition, affirme qu’il cessera complètement de donner la résidence permanente et utilisera la Marine pour arrêter les bateaux. En cela, il suit les traces de son prédécesseur, le thatchériste John Howard.

En tirant des parallèles entre le passé et le présent sur l’utilisation de la carte raciale, le journaliste d’investigation John Pilger précise avec raison : « En Australie, la race est tout sauf inscrite génétiquement, tout comme dans l’apartheid de l’Afrique du sud. La fédération des colonies du Commonwealth d'Australie, achevée en 1901, était fondée sur l’exclusion raciale, la politique de l’Australie blanche et la peur d’hordes inexistantes venant d’aussi loin que de Russie. Les politiques sous le slogan ‘Populate or perish’ dans les années 1940 ont produit un multiculturalisme vibrant – mais encore, un vulgaire, et souvent inconscient, racisme demeure phénomène actuel dans la société australienne et est exploité par une élite politique dotée d’une persistante mentalité coloniale et servile aux ‘intérêts’ occidentaux (2).

Ce racisme ordinaire est quelque chose que j’ai particulièrement remarqué au travail et dans les familles en terme d’hostilité envers les ‘demandeurs et demanderesses d’asile’ et de peur générale de l’Autre. Alors que comme toute ‘communauté’, la communauté irlando-australienne n’est pas une identité monolithique, j’ai été frappé, mais dans une certaine mesure pas surpris, que plusieurs arrivants et arrivantes de première et deuxième génération se sont silencieusement assimilé-e-s à la situation coloniale de l’Australie. Tous et toutes avides de faire voler le drapeau le Jour de l’Invasion [NDT. Fête nationale] le 26 janvier, tout en oubliant que c’est de similaires circonstances qui ont forcé des centaines de personnes à fuir l’Irlande en raison de l’oppression et de la pauvreté qui se perpétuent aujourd’hui sous la forme de l’immigration économique.

L’ironie de l’histoire des ‘boat-people’ et de comment les rôles se sont renversés n’est pas passée inaperçue dans plusieurs groupes autochtones qui accueillent les réfugié-e-s. « Comme personnes qui connaissent ce que c’est d’être envahi-e-s par les boat-people, nous sommes en meilleure posture pour juger comment les boat-people actuel-le-s devraient être traité-e-s. Alors que les boat-people initiaux et initiales qui ont envahi notre pays étaient armé-e-s jusqu’aux dents et poussé-e-s vers la conquête, les demandeurs et demanderesses d’asile de 2012 sont sans armes et recherchent sanctuaire ». Michael Mansell du Gouvernement Autochtone Provisoire (APG) continue : « Les ancêtres de Kevin Rudd et Tony Abbott sont sans doute arrivé-e-s par bateau. Il est certain qu’ils et elles n’ont jamais sollicité de permission aux autochtones pour entrer sur nos côtes (3) ».

L’autre côté de l’histoire est un actif mouvement de support aux réfugié-e-s qui a gagné du poids dans les récents mois en terme d’organisation et de mobilisation, ainsi qu’avec les émeutes et incendies dans plusieurs camps de réfugié-e-s.

Sans qu’une réelle solidarité se forge et à défaut que ces discussions soient entreprises avec nos compagnes et compagnons de travail, nos voisins et voisines, l’empathie et la compassion ne pourront pas tellement longtemps alimenter un mouvement. Face à l’indifférence largement présente dans la population et à la mentalité coloniale de la classe politique, un mouvement de classe doit venir à l’avant-plan pour défendre les besoins et les intérêts des gens fuyant la persécution. Alors que des milliards de dollar continuent à être dépensés pour des conquêtes militaires, la sécurité frontalière et des centres de détention, des sommes qui seraient mieux investies dans le soulagement de la pauvreté et des pertes d’emploi et dans les soins de santé, nous voyons que les intérêts du profit viennent avant les gens. Jusqu’à ce que nous nous débarrassions de ce cancer, l’asile sera toujours une option et pour plusieurs, leur seul espoir. Dans cet optique, les travailleurs et travailleuses d’Irlande devraient clairement savoir de quel côté de la clôture ils et elles se placent.

Sean Matthews

Pour plus d’informations : http://www.refugeeaction.org.au/

Traduction : Collectif Emma Goldman

Notes
:
1) http://www.independent.co.uk/news/world/australasia/asy....html
2) http://johnpilger.com/articles/australias-election-camp...-name

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