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Schéma du maintien de l’ordre : changement de cagoule

category france / belgique / luxembourg | répression / prisonniers et prisonnières | opinion / analyse author Monday November 09, 2020 22:18author by Matt - Union Communiste Libertaire Report this post to the editors

Le 17 septembre, le ministère de l’Intérieur présentait son nouveau schéma de maintien de l’ordre visant à «  adapter  » la gestion des manifestations en France  ! Cette nouvelle doctrine se veut «  plus ferme avec les auteurs de violences  », mais aussi «  plus protectrice pour les manifestants  »… ce qui en langage policier revient à légitimer davantage de répression.

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur accusé d’agressions sexuelles et dont les saillies flirtent ouvertement avec la rhétorique de l’extrême droite, vient de dévoiler un nouveau schéma de maintien de l’ordre. On s’attendait à un dispositif dur, violent et liberticide  : on n’est pas déçu  ! Sous couvert de répondre aux multiples dénonciations des violences des forces de l’ordre, le nouveau texte entérine en réalité une violence policière accrue. La plupart des nouvelles mesures prétendent remédier à des critiques spécifiques des violences policières. De manière systématique, ces réponses sont cosmétiques, voire le prétexte à de nouvelles mesures liberticides. Petit tour d’horizon.

L’emploi du LBD en partie encadré

Les grenades explosives extrêmement dangereuses telles que la DMG (grenade de désencerclement) et la GLI-F4 (à la TNT) sont supprimées… Mais remplacées par des grenades tout aussi dangereuses  : la G2ML (à l’hexocire, explosif dérivé du C4) et la GENL qui est une nouvelle grenade de désencerclement – dont le ministère promet qu’elle projette moins «  d’éclats en hauteur  ».

L’emploi du LDB est strictement encadré par un superviseur… Mais en réalité c’était déjà le cas pour les CRS et la gendarmerie mobile, c’est-à-dire l’écrasante majorité des corps professionnels de maintien de l’ordre. Mais surtout, la supervision n’est plus nécessaire dès que les policiers sont en situation de légitime défense – en gros dès qu’un projectile vole en direction des policiers –, ceux-ci ont le champ libre pour dégainer les LBD à volonté  ! Les policiers de la Bac, de triste réputation, ne pourront plus être cagoulés et devront porter un uniforme… Mais en échange, pour «  préserver  » les policiers, une interdiction de filmer et de diffuser les images non floutées sera mise en place. Adieu les vidéos virales dénonçant les exactions policières.

Les unités de Bac cagoulées ne seront plus déployées… Mais le dispositif des Brav-M sera généralisé à l’ensemble du territoire. Les Brav-M sont les même policiers de la Bac – mais sur des motos et rendus anonymes non plus par une cagoule mais par un casque de moto intégral. C’est le retour des tristement célèbres voltigeurs, ceux-là même qui avaient été dissous après l’assassinat de Malik Oussekine, étudiant tabassé à mort en 1986 alors qu’il sortait d’un club de jazz.

Se rajoutent en plus quelques petites perles liberticides. Le nouveau schéma indique que les journalistes devront être cornaqués par la police s’ils ne veulent pas devenir leur cible [1]. Enfin, le rôle du renseignement et du procureur dans la gestion des manifestations sera accru, afin de cibler les «  manifestants radicalisés  ». On peut supposer que cette mesure ne fera que renforcer la répression judiciaire et entraînera des arrestations préventives de militantes et militants d’«  ultra-gauche  »…

Le maintien de l’ordre en France s’inscrit dans un processus de brutalisation accrue, entériné par ce nouveau schéma. N’oublions pas l’assassinat de Rémi Fraisse sur la Zad du Testet ainsi que la répression extrêmement brutale des gilets jaunes et du mouvement contre la loi Travail. Quel est le sens de cette mutation  ? Dans les années 1990 et 2000, le maintien de l’ordre était basé sur un contrôle des foules, souvent coproduit avec certaines organisations syndicales, avec un degré de violence moins élevé [2]. Pourquoi changer  ? Comme le rappellent de nombreux historiens et sociologues, le niveau de violence dans les manifestations n’est pas plus élevé qu’avant [3]…

Ce n’est pas la violence des manifestant·es qui a changé, mais la manière dont les «  démocraties  » libérales gèrent la contestation. Ces régimes n’ont jamais été de réelles démocraties, car derrière un rideau de fumée démocratique c’est en réalité la classe dominante qui établit une dictature sur l’économie, défendue âprement par les forces de l’ordre. Ce qui change, c’est que les apparences de démocratie s’écornent de plus en plus. Les gouvernants sont de moins en moins disposés à accorder des miettes aux travailleurs et travailleuses. Dans ce contexte, le développement du sécuritaire a été la solution pour contrôler la contestation et les illégalismes des classes populaires.

Depuis les années 1970, la logique sécuritaire s’est déployée dans toutes les sphères de la société  : durcissement de la violence policière, développement titanesque de la surveillance de masse… L’antiterrorisme constitue le cheval de Troie des mesures les plus liberticides. C’est aussi la manière de concevoir la contestation politique qui évolue. Désormais on oppose un centre libéral et progressiste (et ô combien macronien) à une contestation «  illibérale  », «  populiste  », voire «  radicalisée  ».

C’est ce contexte politique qui explique le nouveau schéma de maintien de l’ordre. Les manifestants sont considérés comme des ennemis politiques, potentiellement des insurgés, et traités comme tels. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’utilisation des services de renseignement sur «  les manifestants potentiellement radicalisés  », de même que l’usage d’armes mutilantes. La logique est avant tout de blesser pour terrifier, tout comme les nasses où les manifestants sont saturés de gaz lacrymogènes sans possibilité de s’échapper.

L’État terrifie et se révèle décomplexé

Pour finir, ce maintien de l’ordre tend à montrer le vrai visage d’un régime de plus en plus autoritaire. La violence policière est dans une certaine mesure efficace  : elle éloigne beaucoup de personnes de la rue, effrayées par le risque de traumatismes, blessures et arrestations. Néanmoins, il ne faut pas perdre espoir  : ce maintien de l’ordre contribue à montrer le vrai visage de la violence d’État et délégitime le régime en place. Celui-ci apparaît de plus en plus pour ce qu’il est  : une bande de managers de bas étage au service des plus grands patrons. Pour faire passer des réformes impopulaires, leur seule option est d’envoyer un corps de police ultra violent – gangrené par l’extrême droite – tabasser les opposantes et opposants. Mais ne l’oublions pas, à force de traiter les manifestantes et manifestants comme de dangereux insurgés, il n’est pas exclu qu’ils le deviennent… Et peut-être que les mauvais jours finiront  !

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