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Je ne suis pas Charlie

category france / belgique / luxembourg | migration / racisme | article de fond author Tuesday January 13, 2015 17:46author by José Antonio Gutiérrez D. Report this post to the editors

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Des milliers de personnes, affectées par cet attentat –ce qui est compréhensible -, ont fait circuler des messages disant "Je suis Charlie" comme si ce message était le dernier cri de la défense de la liberté. Eh bien, je ne suis pas Charlie. Je ne m'identifie pas à la représentation dégradante et "caricaturale" qu'il fait du monde islamique, en pleine "Guerre contre le Terrorisme", avec toute la charge raciste et colonialiste que celle-ci comporte.

Je tiens à clarifier d'emblée que je considère l'attentat contre les bureaux du journal satirique Charlie-Hebdo à Paris comme une horreur et que je ne crois pas qu'il soit justifiable en quelque circonstance que ce soit, de convertir un journaliste, si douteuse que soit sa qualité professionnelle, en objectif militaire. Cela vaut en France, comme en Colombie ou en Palestine. Je ne m'identifie non plus avec aucun fondamentalisme, ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni non plus avec le laïcisme bébête francisé, qui érige la "République" sacrée en déesse...

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Je ne suis pas Charlie

Je tiens à clarifier d'emblée que je considère l'attentat contre les bureaux du journal satirique Charlie-Hebdo à Paris comme une horreur et que je ne crois pas qu'il soit justifiable en quelque circonstance que ce soit, de convertir un journaliste, si douteuse que soit sa qualité professionnelle, en objectif militaire. Cela vaut en France, comme en Colombie ou en Palestine. Je ne m'identifie non plus avec aucun fondamentalisme, ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni non plus avec le laïcisme bébête francisé, qui érige la "République" sacrée en déesse. J'apporte ces précisions, qui sont nécessaires puisque les gourous de la haute politique en Europe nous assurent que nous vivons dans une "démocratie exemplaire" avec des "grandes libertés", même si nous savons bien que Big Brother nous surveille et que n'importe quel discours hors cadre toléré se voit durement puni. Mais je ne crois pas qu'une condamnation de l'attentat contre Charlie Hebdo doive entraîner automatiquement qu'on porte aux nues une publication qui est, fondamentalement, un monument d'intolérance, de racisme et d'arrogance coloniale.

Des milliers de personnes, affectées par cet attentat –ce qui est compréhensible -, ont fait circuler des messages disant "Je suis Charlie" comme si ce message était le dernier cri de la défense de la liberté. Eh bien, je ne suis pas Charlie. Je ne m'identifie pas à la représentation dégradante et "caricaturale" qu'il fait du monde islamique, en pleine "Guerre contre le Terrorisme", avec toute la charge raciste et colonialiste que celle-ci comporte. Je ne peux pas voir d’un bon œil cette agression symbolique constante qui va de pair avec une agression physique et réelle, au moyen de bombardements et d'occupations militaires, dans les pays appartenant à cet horizon culturel. Je ne peux pas non plus voir d'un bon œil ces caricatures et ces textes offensants, quand les Arabes font partie des secteurs les plus marginalisés, appauvris et exploités de la société française, qui ont historiquement subi un traitement brutal : je n'oublie pas que c’est à Paris, au début des années 60, que la police a massacré à coup de matraques 200 Algériens qui demandaient la fin de l'occupation française de leur pays, déjà responsable selon les estimations d'un million de morts d'Arabes "barbares". Il ne s'agit pas de caricatures innocentes, œuvres de libre penseurs, mais de messages, produits par les médias de masse (car, bien qu’ayant une posture alternative, Charlie Hebdo appartient bien aux médias de masse), chargés de stéréotypes et de haine, renforçant un discours qui considère les Arabes comme des barbares à contenir, déraciner, contrôler, réprimer, opprimer et exterminer. Des messages dont le but implicite est de justifier les invasions des pays du Moyen-Orient ainsi que les multiples interventions et bombardements orchestrés par l'Occident, dans la défense du nouveau partage impérial. L'acteur espagnol Willy Toledo disait, dans une déclaration polémique – qui ne faisait qu'énoncer une évidence - que "l'Occident tue tous les jours. Sans bruit". Et c'est cela que Charlie et son un humour noir cachent sous forme de satire.

Je n'oublie pas la couverture du N°1099 de Charlie Hebdo, dans lequel on banalisait le massacre de plus de mille Égyptiens par une dictature militaire brutale, qui a la bénédiction de la France et des USA, avec un dessin d'un homme musulman criblé de balles, tandis qu'il essayait de se protéger avec le Coran, avec ce texte : "Tuerie en Égypte. Le Coran c'est de la merde : il n'arrête pas les balles". Certains auront trouvé ça d’amusant. En leur temps, des colons anglais en Terre de Feu (Argentine) trouvaient amusant de poser pour des photographies avec des indigènes qu'ils avaient "chassé", avec de larges sourires, carabine à la main, et avec le pied posé sur cadavre sanguinolent toujours chaud. Plutôt qu’amusante, cette caricature me semble violente et coloniale, un abus de cette liberté de presse occidentale aussi fictive que manipulée. Qu'est-ce qui arriverait si je publiais aujourd'hui journal avec en couverture la phrase : "Tuerie à Paris. Charlie Hebdo, c’est de la merde : ça n'arrête pas les balles") et une caricature du défunt Jean Cabut criblé de balles avec une copie du journal entre les mains ? Bien sûr, ce serait un scandale : la vie d'un Français est sacrée. Celle d'un Égyptien (ou d'un Palestinien, Irakien, Syrien, etc.) c'est du matériau "humoristique". C'est pourquoi je ne suis pas Charlie, puisque la vie de chacun de ces Égyptiens criblés de balles est pour moi aussi sacrée que celle de n'importe quel de ces caricaturistes aujourd'hui assassinés.

Nous connaissons déjà ce deux poids deux mesures : on va avoir droit à des discours de la défense de la liberté de presse de la part des mêmes pays qui, en 1999, ont donné la bénédiction au bombardement de l'OTAN, à Belgrade, de la station de TV publique serbe qualifiée de "ministère de mensonges", ou qui se sont tus quand Israël a bombardé à Beyrouth la station de TV Al-Manar en 2006, qui taisent les meurtres de journalistes critiques colombiens et palestiniens. Après la belle rhétorique de la liberté, viendra l'action liberticide: plus de maccarthysme au nom de l' "anti-terrorisme", plus d'interventions coloniales, plus de restrictions à ces "garanties démocratiques" en voie d'extinction, et naturellement, plus de racisme. L'Europe se consume dans une spirale de haine xénophobe, d'islamophobie, d'antisémitisme (les Palestiniens sont de fait des sémites) et cette atmosphère devient de plus en plus irrespirable. Les musulmans sont déjà les juifs de l'Europe du XXIème siècle, et les partis néo-nazis redeviennent respectables 80 ans plus tard, grâce à ce sentiment répugnant. Pour tout cela, malgré la répulsion que provoque en moi l'attentat de Paris, Je ne suis pas Charlie.

José Antonio Gutiérrez D.
7 janvier 2015

Related Link: http://tlaxcala-int.blogspot.fr/2015/01/je-ne-suis-pas-charlie.html
author by oyunbozanpublication date Thu Jan 15, 2015 17:40author address author phone Report this post to the editors

but no one will shoot you with machine guns for that. THAT is the point.

author by azobnuyopublication date Thu Jan 15, 2015 18:37author address author phone Report this post to the editors

THAT is not the point. The point is that no matter how terrible the massacre was, that does not turn Charlie Hebdo racist cartoons into something worthwhile spreading (therefore, I am not Charlie)

author by pepe - dndfpublication date Thu Jan 22, 2015 17:32author email pepe at communisation dot netauthor address author phone Report this post to the editors

A propos de Charlie
« être ou ne pas être », ce n’est pas la question.

Il y eut Reiser et son prolo, baguette sous le bras, béret sur la tête et clope au bec, tout triste en apprenant de Georges Marchais qu’il ne serait jamais dictateur ; toujours Reiser avec son Vietnamien sur son vélo disant « Aujourd’hui la paix, demain l’usine » ; il y eut aussi le « bal tragique » et « Georges le tueur ». Pour les gens comme moi, de ma génération, ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’on apprend le massacre des dessinateurs de Charlie, bien sûr Charlie ce n’était plus ça depuis longtemps, mais ils avaient été les dessinateurs de l’Enragé en 68, alors…

Ce ne sont pas quatre millions d’ « idiots utiles » qui sont descendus dans la rue, en France, le dimanche 11 janvier. Ils ne réclamaient pas une « opération militaire intérieure » mobilisant 10 000 soldats déployés sur le « territoire national » (déclaration du gouvernement le lundi 12). Dès l’après-midi et la soirée du mercredi 7 (le jour de la tuerie à la rédaction de Charlie) c’est spontanément que se sont organisés les premiers rassemblements et les premières manifestations citoyennes sur les « valeurs de la République » et la « liberté d’expression », contre « la barbarie », et qu’est apparu le slogan « Je suis Charlie ». Il n’était pas besoin de « l’exhortation de l’Etat » et de la mise en branle qui a suivi de l’écrasante machine de propagande. L’Etat a pris le train en marche, non sans quelques maladresses au départ comme celle de l’organisation des manifestations sous l’égide d’un cartel des organisations politiques. Le 11 janvier, le personnel politique était plutôt discret face à un cadeau en partie empoisonné pour la nature actuelle de l’Etat que l’on ne peut plus qualifier simplement de national.
Bien sûr, ils vont en profiter pour criminaliser toute forme d’opposition et de révolte, renforcer et légitimer les contrôles et la répression, être réconfortés dans les guerres extérieures, maintenant devenues intérieurement « justes ». Mais les grandes envolées d’estrade sur « l’union nationale » et Jaurès ou « l’union inter-nationale » (pas si évidente) de l’Occident face au monde « postcolonial », non seulement sont absolument inadéquates en dehors de la rhétorique radicale, se résument à une suite de déclarations ronflantes et dénonciatoires qui n’analysent rien parce que ce n’est pas leur but, mais encore ramènent l’analyse à l’affirmation de quelques canons éternels de la norme révolutionnaire. Ramener l’énorme mobilisation du dimanche 11 janvier à une affaire de manipulation, de propagande, d’embrigadement est un peu facile et à la limite réconfortant. En aurait-il été ainsi, encore faudrait-il expliquer que ça ait marché. Ce n’est pas si simple et peut-être plus grave. Cette soudaine mobilisation du dimanche 11 janvier 2015 était éminemment actuelle .
L’événement n’est pas survenu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dans tout les pays européens, que cela soit sous des thématiques de gauche (Front de Gauche, Podemos, Syriza …) ou de droite (inutile de donner la liste), la citoyenneté nationale est devenue l’idéologie répondant à la crise ramenée à l’ « injustice de la distribution des richesses ». Cette « citoyenneté nationale » sous-tend tout un discours mettant en cause la légitimité de l’Etat devenu un appareil dénationalisé responsable de l’injustice. Quand les manifestants applaudissent au passage des cars de CRS, c’est à l’ordre rêvé de l’Etat protecteur « d’avant la mondialisation libérale » qu’ils rendent hommage et qu’ils croient retrouver. Cela, momentanément, quelles que soient la diversité des insécurités, des dangers, réels ou fantasmés, qui menacent leur vie.
Ce sont ces dangers, ces insécurités qui, de la République à la Nation, se sont fugacement cristallisés dans le mythe de la citoyenneté comme protection. Celle qu’apporte un vrai Etat-nation et une citoyenneté nationale non seulement identitaire mais identitaire parce que protectrice, celle qui a foutu le camp depuis les années 1970. Mais la citoyenneté nationale n’est pas innocente ni dans sa naissance ni dans ses implications. Elle se construit face à « l’Autre » qui la menace et elle implique la suppression de la menace. Aujourd’hui l’islamisme, demain ou en même temps la lutte de classe ou les luttes de femmes. Quatre millions de personnes se rassemblent et ce qui est frappant c’est le vide du discours : il n’y a rien à dire, rien à faire d’autre que de dire « je suis républicain », rien d’autre qu’à comprendre « ce qu’est une nation », rien d’autre qu’à promener une immense représentation de la République menacée par d’anonymes corbeaux noirs que tout le monde identifie sans peine.
La nation ne devient un thème de mobilisation et de combat que si elle est construite comme menacée et les menaces ne peuvent alors être formulées que dans les termes que la nation impose, ceux de ses valeurs et de son authenticité. Le citoyen est une abstraction quant à son rapport à l’individu concret défini dans des rapports de production, des rapports de classes et de genre, mais il n’est pas une abstraction vide de déterminations. L’égalité et l’équivalence des citoyens entre eux qui font leur abstraction supposent un partage de qualités communes historiques et culturelles. Il n’y a pas de citoyenneté sans identité, sans la possibilité de pouvoir dire « nous » et « eux ». Dire « nous » et « eux » n’est pas l’apanage du Front National, des mangeurs de cochonnailles et des buveurs de vin rouge. Cela peut se dire avec le sourire laïque de la « liberté d’expression » et de la défense du « droit des femmes ». Mais cela se dit toujours dans le langage de l’Etat. « Les questions de l’immigration et de l’islam sont clairement posées, on ne peut pas continuer comme ça avec l’immigration qui si elle n’est pas liée au terrorisme complique les choses en générant difficultés d’intégration et communautarisme » (Sarkozy). Du sourire laïque bienveillant à la déclaration de Sarkozy la pente est glissante.
Un bon, un vrai citoyen se doit d’être autant discret que son universalité est suspecte. « Otez donc ce voile » dit le citoyen de gauche qui milite pour l’émancipation féminine, faisant de la domination des femmes l’apanage de quelques cultures archaïques et une chose en voie de disparition chez nous. Car ce citoyen est bien de chez nous. Et c’est parce que bien de chez nous qu’il est universel. Les juifs, quant à eux, dans la manifestation, ont raison de se demander : « S’il y avait seulement eu la prise d’otages à l’Hyper Cacher, vendredi, et pas l’attentat contre Charlie Hebdo mercredi, aurait-on observé un tel sursaut républicain ? ». Bien évidemment non (cf., Toulouse) : la citoyenneté nationale, l’universel, n’est pas menacée quand un particulier s’en prend à un autre particulier même si tous les particuliers ne sont pas subsumés identiquement sous l’universel.
Il arrive qu’un particulier pour des raisons historique dans le temps long et/ou à cause de circonstances sociales ou politiques actuelles ait une positivité en raison de laquelle il appartient, en même temps qu’il est désignée comme particulier, à la même sphère universelle : « Sans les juifs, la France ne serait pas la France » (Manuel Vals). Ici, la particularité demeure, elle n’est pas, comme il se devrait, supprimée dans l’universel, mais elle appartient à sa sphère ; la particularité est une détermination de l’universel même si elle n’est pas supprimée en lui. La dernière fois qu’un président était descendu manifester dans la rue c’était Mitterrand à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras, jamais à la suite de l’attaque d’une mosquée ou du carré musulman, même d’un cimetière militaire. Pour toutes sortes de raisons, sociales, politiques, économiques, culturelles, historiques, toutes les particularités ne sont pas équivalentes et le rapport de l’universel à elles va de l’inclusion (qui ne la supprime pas) à la méfiance si ce n’est l’hostilité. A un moment donné il y a des particularités que l’universel construit comme nuisibles, les juifs ont pu tragiquement en faire l’expérience.
Quels que soient les discours tenus, la simple existence des manifestations dont nous parlons et l’invite à « s’émanciper dans la République », signifient qu’il n’en est absolument pas de même en ce qui concerne nos « concitoyens musulmans » (la formule dit tout). Le particulier n’est pas énoncé dans le même rapport à l’universel. Ici, il est énoncé de façon négative, il ne se détermine qu’en lui-même et pour lui-même, il appartient au divers. Soyons plus terre à terre, même si elles ne se réduisent pas à lui, les manifestations du jeudi 8 au dimanche 11, sont incompréhensibles dans leur massivité sans le climat créé en France par la construction inquiète et hostile de l’islam (et des « arabes ») comme purement et simplement étrange et étranger . « Arrêtons tout angélisme », disent de plus en plus les esprits forts républicains, « ces terroristes viennent bien de chez vous, faites un peu le ménage ». A la suite des attaques du mercredi 7 et du vendredi 9, les actes anti arabo-musulmans se sont multipliés, mais considérons plutôt l’autre face de la même pièce, l’attitude ouverte et humaniste (ce qui nous évitera les facilités de la condamnation humaniste du racisme et de « l’islamophobie »).
L’injonction humaniste à accepter « l’Autre » présuppose l’existence de « l’Autre », sa construction comme tel et donc la hiérarchie vis-à-vis de « l’Un » qui a le pouvoir de dire qui est « l’Autre ». Entre « Nous » et « les Autres », il y a une organisation de la société qui s’impose aux individus et préexiste à chacun d’eux. Ceux qui sont invités à « accepter l’Autre » constituent la société normale, légitime. A l’origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L’Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.
La distinction est la mise en pratique réelle, empirique, quotidienne de l’universalisme du citoyen. Si l’on abandonne la baudruche d’un « vrai universalisme » , l’Occident peut légitimement s’accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et à pratiques idéologiques universelles, à condition que les individus correspondent aux critères de l’universalité, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l’Etat-nation. Un État, c'est un État-nation car c'est un État capitaliste, il ne connait pas de communautés intermédiaires, d'identités multiples reconnues en son sein, et démarque comme corps étrangers, communautés particulières, donc nuisibles, tout ce qui nuit ou interfère dans son critère d'homogénéité universelle. Toute médiation entre le pouvoir et l'individu a cessé d'exister. Il faut insister sur ce moyen terme qu’est l'État-nation dans sa structure politique, moyen terme sans lequel on ne ferait que renvoyer grossièrement l'explication de l'homogénéisation au développement de la valeur et du capital, à partir desquels on peut expliquer tout et n'importe quoi dans une totalité indifférenciée. Si seul l'État est censé représenter l'individu abstrait de ses déterminations qu'est le citoyen, individu « émancipé », la seule garantie de son « émancipation » est son appartenance-intégration à la collectivité nationale représentée par l'État.
La religion, quant à elle est une forme primaire, instable et inaccomplie, d’universalisme de l’Etat, d’idéologie sous laquelle s’effectue la pratique politique. Primaire et instable car au moment où la religion se constitue en idéologie dominante en coagulant les idéologies sous lesquelles s’exercent les pratiques des rapports sociaux et de production, elle révèle et revendique que l’universalité abstraite de l’Etat n’est pas dans l’Etat lui-même, qu’il n’est pas lui-même « la religion réalisée » (Marx, La Question juive).
« L’Etat politique parfait est, d’après son essence, la vie générique de l’homme par opposition à sa vie matérielle. Toutes les suppositions de cette vie égoïste continuent à subsister dans la société civile en dehors de la sphère politique, mais comme propriétés de la société bourgeoise. Là où l’Etat politique est arrivé à son véritable épanouissement, l’homme mène, non seulement dans la pensée, dans la conscience, mais dans la réalité, dans la vie, une existence double, céleste et terrestre, l’existence dans la communauté politique, où il est considéré comme un être général, et l’existence dans la société civile, où il travaille comme simple particulier, voit dans les autres hommes de simples moyens et devient le jouet de puissances étrangères. L’Etat politique est, vis-à-vis de la société civile, aussi spiritualiste que le ciel l’est vis-à-vis de la terre. (…) L’Etat démocratique, le véritable Etat, n’a pas besoin de la religion pour son achèvement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu’en lui le fond humain de la religion est réalisé de façon profane. » (ibid).
« Il y avait quelque chose de l’ordre du sacré » (Nathalie Kosciusko-Morizet) ; « Le peuple de France a communié » (Rama Yade).
Quatre millions de Français dans les rues et 97 % dans les sondages ont renouvelé leur allégeance à « l’Etat véritable » et ont gentiment demandé à « l’Autre » de faire de même, s’il ne l’avait déjà fait. Ils lui ont avec pitié et compassion demander de s’émanciper. Historiquement, en France, cette émancipation au nom de l’universalité appartient au vieux fond politique de la gauche. Les martyres de Charlie étant également réputés de gauche tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes des valeurs universelles à défendre. Il fallait demander aux « musulmans de France » de clamer leur protestation « contre la barbarie », de dire que « ce n’est pas le vrai islam » et de « se rendre à la manifestation ». Ils et elles ne sont pas venu(e)s, mais l’imam présent sur le plateau télé, celui que l’on a invité, acquiesce, fait tout comme il faut poliment.
Mais qu’en est-il de l’humiliation quotidienne, des refus d’embauche, de la relégation urbaine, des regards suspicieux dans les bars ? Ce n’est pas l’Etat islamique ou Al-Qaida, ni leurs origines lointaines qui ont produit les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, c’est la société française. « Les acteurs de cet abominable attentat sont en réalité des citoyens français, ayant fréquenté l’école républicaine et laïque, celle de Jules Ferry. C’est à la France de montrer qu’elle n’est pas un "incubateur" de terroristes, et pas aux musulmans, ni aux chrétiens, ni aux juifs, ni aux Orientaux de prouver qu’ils sont différents. » (courrier d’une lectrice du Monde) ; « Ces djihadistes ont grandi dans nos villes, appris l’échec dans nos écoles, appris la haine dans nos prisons », ajoute un autre lecteur. Depuis longtemps déjà, le chômage de masse, la segmentation du marché du travail jusqu’à sa racialisation, le traitement policier des banlieues, font que la classe dominante sait qu’il n’y a rien à distribuer, rien à offrir si ce n’est un encadrement par « l’islam républicain de France » de cette « jeunesse musulmane française », comme dit un ancien ministre des affaires étrangères. Il faut un Cohn-Bendit pour déclarer « il faut investir dans les banlieues » et proposer … « une fondation nationale du sport qui soutiendrait les éducateurs sportifs ». Malek Boutih est plus direct : « S’il y a un potentiel de danger, ce sont des territoires qu’il faut nettoyer », proposant que certaines communes de banlieue « soient temporairement mises sous tutelle par l’Etat ».
S’il existe aujourd’hui, comme dit Gilles Kepel, « un pôle d’attraction djihadiste hostile au pacte républicain » et si ce pôle sait précisément frapper où ça fait mal, il n’est nul besoin d’aller au Sahel, au Yémen ou en Irak, pour comprendre d’où il vient. Ces « fous de Dieu » sont nos ennemis, non parce qu’ils seraient plus « barbares » que d’autres (les drones de nos démocraties n’ont rien à leur envier), mais parce que leur but est d’accentuer et scléroser des fractures dans la classe exploitée et dominée qui existent déjà suffisamment sans eux. S’il ne s’agit pas d’espérer une unité du prolétariat (la segmentation est inhérente au salariat et l’unité du prolétariat ne peut qu’être identique à son abolition), il ne s’agit pas non plus de rigidifier ces fractures sous un ordre culturel et religieux les essentialisant. Les « jeunes prolétaires de banlieue » ne sont pas plus immunisés que d’autres contre la mutation idéologique générale des conflits de classes (et entre les segments de la classe exploitée) en conflits culturels. D’autant plus que, dans le contexte international, se dire « musulmans » fournit une image de confrontation absolue.

Laissons les historiens conclure.
Cette journée a été un phénomène singulier, car : « Nos grandes journées nationales ont quasiment toujours été des journées de combat » (Jean-Noël Jeanneney).
« La première journée de l’internationalisme démocratique » (Michel Winock)
Pour Pascal Ory, cette manifestation d’unité où les appartenances partisanes, syndicales ou communautaires , furent mises au second plan, en dit long sur l’état de notre société : « Ne pas marcher au pas derrière une organisation, brandir mille et un slogans différents comme on l’a vu dimanche, est le signe de l’individualisme très avancé qui caractérise nos sociétés occidentales. Ce qu’on a vu, c’est un rassemblement de masse, certes, mais un rassemblement qui réunit des gens pour la plupart très individualistes ».
On pourrait dire que Pascal Ory n’a pas trop vu de manifestations récentes, durant lesquelles il est de plus en plus rare de « marcher au pas derrière des organisations », mais passons car en l’occurrence Pascal Ory a raison. Il y avait une masse d’individus isolés, c’est-à-dire une masse de citoyens qui ne pouvait que regarder passer face à eux leur communauté sous la forme d’une cinquantaine de chefs d’Etat. Quoi que ces individus pensent de chacun d’entre eux en particulier et quelle que soit la défiance que cette citoyenneté nationale entretient vis-à-vis de l’Etat actuel réellement existant, c’était notre universalité abstraite qui passait (même si elle n’était pas à cheval comme à l’époque de Hegel) et à laquelle, en tant que citoyens, ils ont renouvelé leur cérémonie d’hommage . On pouvait ne pas le faire.
« Dans l’histoire, l’euphorie est souvent éphémère, et les grands moments d’enthousiasme sont rarement suivis de lendemains enchanteurs » (Michel Winock). Enchanteurs ou pas, la conjoncture actuelle des luttes de classes (prédominance des rapports de distribution sur les rapports de production, injustice de la distribution et son responsable l’Etat dénationalisé, segmentation racialisée du prolétariat, authenticité du peuple contre les élites, luttes interclassistes) fait qu’au-delà d’un événement qui se dégonflera vite, les lendemains vont se jouer dans l’inévitable jeu contradictoire entre l’individu concret engagé dans les rapports sociaux de production et le citoyen, son abstraction nécessaire .

R.S

Related Link: http://dndf.org/?p=13979
author by Yves Coleman - Ni patrie ni frontièrespublication date Tue Feb 03, 2015 07:04author email yvescoleman at wanadoo dot frauthor address author phone Report this post to the editors

Author:
Yves Coleman

This article will not deal in detail with the facts about the two murderous attacks, on 7 January at the headquarters of the weekly Charlie Hebdo and on 9 January in a Parisian kosher supermarket, which have been widely explained in the media; but with some of the problems and discussions inside the radical left and anarchist circles

Most of the left and the anarchist groups, in France, as in other countries, have adopted one of two opposite and wrong attitudes.

One part of the left sees “Islamophobia” everywhere. It has closed its eyes when it has faced antisemitism. That is shown by their reactions to the murder of Jewish school children and others by the Islamist Mohammed Merah in Toulouse in March 2012 [1] — and by their refusal to criticise religion (or, at least, refusal to criticise Islam, because these activists are always denouncing the American Tea Party and its... Protestant supporters; and criticising the Jewish-orthodox colonialist movement in Israel, etc.)

This underestimation of antisemitism in France has been justified in the name of “anti-Zionism”. The refusal to criticise Islam has led some militants to present all religions as inherently progressive, or to defend the myths of Islamic feminism or liberation theology.

A famous anti-racist intellectual (Pierre Tevanian) has written a book denouncing “the hate of religion” supposedly propagated by the left, even falsifying quotations from Marx and Lenin to prove his point.

These groups or activists tend to present “Zionists” as a lobby which controls the French media and supports Sarkozy and Le Pen because “Zionists” are supposedly all anti-Arab and anti-Muslim, etc.

This deep political confusion inside the radical left led a party like the Trotskyist NPA to cooperate with pro-Islamist groups during the last murderous Israeli offensive against Gaza in July 2014, and it has had disastrous consequences.

Most left groups are unable to fight antisemitism and anti-Muslim racism at the same time. They are unable to criticise the conservative social and political role of all religions, including Islam. Therefore they have not been at ease to clearly denounce the Islamist murders in Paris without either overstressing the importance of “Islamophobia” — or overstressing the reactionary character of Islam (as if the three killers had anything in common with the millions of French Muslims [2]).

Thus, some on the French left have dealt with Islam as the workers’ movement dealt with Catholicism or Protestantism a century ago in Europe. They have presented believers as backward, ignorant, and stupid people. They have cited the examples of Islamist rule in Iran or Taliban rule in Afghanistan as the future awaiting us in Europe [3].

This has led some groups or individuals to support the anti-hijab law in France, and to make alliances with so-called secular groups or intellectuals who criticise Islam in the name of atheism or of the Enlightenment tradition but who, at the same time, express very dubious (not to say racist) feelings about Arabs and migrants.

These left groups or activists have rightly supported feminist movements in the Arabo-Muslim world and Islamic reformers, but refuse to criticise their very moderate political positions. In France, for example, several Muslim intellectuals who want to reform Islam were (or are) quite silent about Ben Ali’s dictatorship or the corrupt Moroccan monarchy.

What will be the immediate consequences of these attacks?

The first immediate consequence has been a massive brainwashing operation by the government, politicians and mass media in favour of police efficiency, democracy, the virtues of the French Republic, freedom of expression, civilization and national unity.

The Socialist government called all French parties (except the National Front) to demonstrate together to “defend the Republic and democracy and to denounce terrorism” and numerous chiefs of State came on Sunday 11 January... just after a meeting of eleven European ministers of the interior to “fight terrorism”, by which they surely mean more limitations to the freedom of circulation in Europe.

Hundreds of thousands if not millions of marchers applauded the police, shouted “I’m a cop, I’m Charlie, I’m a Muslim”), sang the national anthem, and waved national flags.

President François Hollande and his government were very unpopular before these attacks, and they used these events to regain popularity. Public transport in Paris was free on Sunday 11 January... at least until 1.20pm.

The French Socialists, with the help of the right and far right, will try to impose new anti-terrorist laws.

These murderous attacks will be used by the National Front, who want to stop immigration and strip some recently-naturalised French people of their citizenship. This extremist populist party propagates racist ideas in the name of the “freedom of expression” and “secularism”.

The murders will also be used by intellectuals who claim that “Islam is incompatible with democracy”. Their essays and novels are quite popular for the moment in France, and they appear often on TV.

The murders will also be used by all those who don’t like “Arabs” and disguise their racism under the pretext of a fake defence of the “unique” French form of secularism.

In general these attacks may unfortunately contribute to dividing workers and unemployed in France along religious or “ethnic” lines, and to transforming French society into religious so-called “communities”.

What will be the impact of the governmental campaign for national unity and the media manipulation of fear and anxiety after the attacks?

It’s too early to tell.

Nevertheless, if we look at past experience, such campaigns for national unity led by the Socialist Party have had no long-standing effect: the antiracist campaign “Don’t touch my pal” (which started in 1985); the campaign against the National Front after the profanation of Jewish tombs in Carpentras cemetery (1990); the French victory at the World Cup promoting the “Black/White/Arab” integration model (1998); and the anti Le Pen-campaign before the second round of the presidential election which led most of the Left to vote for... Jacques Chirac in 2002 - none of those mass mobilisations stopped the rise of the National Front.

In interviews outside mosques and schools, some Muslims were reluctant to support the freedom of expression of “Charlie Hebdo” even if they were absolutely horrified by the vile murders. “Do you think that having the same skin colour and same name as the killer of the kosher supermarket will help me find a job even if I marched for several days?”, remarked a young Malian Muslim named Coulibaly.

This reluctance, although understandable, is not a good sign. It may be exaggerated by the media and politicians, but it was not denied by Muslim religious leaders.

If this is really a significant trend, it shows the left has so far not been able to make itself heard and understood by part of the Muslim youth, probably because its fight against institutional racism has not been consistent enough and its presence in working-class districts is too weak. It shows also that the necessary critique of all religions and defence of materialist atheism have to be renewed, rejuvenated, and based on a deeper understanding of how religions, and specifically Islam, shape the attitudes and values of their believers.

If not, if we let the ideological initiative to the ruling classes and their opinion-formers, future struggles will be impeded or at least slowed down by growing ethnic and religious divisions which will prevent common political battles by all the exploited against the ruling classes.

What have been the main slogans launched by the bourgeois parties, from the Socialist Party to the National Front?

They have obviously promoted “national unity”. They have denounced “terrorism”, which is formally correct — but French elites can’t be trusted when they invite the Israeli foreign minister Avigdor Lieberman or representatives from Qatar to the “Republican march” in Paris, when French businessmen massively sell weapons and military airplanes to all sorts of undemocratic regimes, and when French governments maintain in Africa.

Defending “freedom of expression” is a good slogan, but then it has to be explained (specially for all the millions of people who watch Dieudonné’s racist videos or applaud his shows) why prosecuting this antisemitic stand-up comedian or putting in jail a Holocaust denier like Vincent Raynouard is right.

I don’t defend the fascists’ freedom of expression. Let’s recall that even the US government, which lets fascists and Nazis publish and meet freely on its territory, criticised the French government because Charlie Hebdo republished the cartoons depicting Muhammad which brought Danish journalists death threats in 2006.

“Freedom of expression” is not a miracle slogan.

"We are at war” is probably the most dangerous of all the concepts propagated in the public sphere. The word “war” is aimed to produce a total alignment of the population behind the State authorities and the leaders of the armed forces.

“We” certainly do not have the same agenda as the Socialist Prime Minister Manuel Valls, who wishes to “integrate people and transform them in soldiers of the Republic”!

“We” have not forgotten where the wars in Vietnam, Algeria, Afghanistan, Iraq, Mali, etc., have led us and who it has benefitted to. “We” know the barbaric acts which have accompanied all these wars and how Western armies killed millions of civilians and were not even able to install or restore bourgeois democracy.

We must fight this ideological offensive, whose main themes are shared by the “reformist” Left, the Conservative Right and the Far Right. Sunday’s demonstrations show that a long and difficult job lies ahead of us.

What is Charlie Hebdo?

Charlie Hebdo is the heir of a monthly called Hara-Kiri, describing itself as “dumb and nasty”, created in 1960.

At the beginning, it mainly published satirical drawings and (vulgar) photos and photo-montages; but then it published more and more “political” texts expressing various left sensibilities.

It violently denounced the French armed forces, popes, presidents, generals, CEO’s etc. It promoted ecology when being green was not trendy at all. It was anti-Stalinist (although some caricaturists also worked for the Stalinist press), very critical of social-democracy, and ferociously hostile to all the right-wing, conservative and fascist parties.

It has survived with difficulty since 1991 — after being shut down for ten years after 1981— even though it tripled its sales when it reproduced the Danish “Muhammad” cartoons in 2006 and when it produced a special anti-sharia issue (in 2011 when Ennahda, the Tunisian Islamist party, was in power, and the adoption of sharia law was being discussed in Libya). After that issue, the magazine headquarters were burnt down. Charlie Hebdo had received many death threats before the 7 January killings.

It is absurd to say that Charlie Hebdo is a racist newspaper.

However, it has published more caricatures with an “Islamophobic” trend — while at the same time always defending migrant rights and denouncing all the nationalist propaganda of Sarkozy or the National Front. It has also been criticised and sued for being anti-semitic because it published anti-Zionist caricatures with dubious “jokes” about Jews (for example, one drawing of an orthodox Jew kissing a Nazi soldier).

What’s special — and can be sometimes shocking — about Franco-French humour when it deals with religions and specially ethnic issues?

There is an old tradition of Franco-French humor which uses racist stereotypes (for example a so-called “Arab” or “African” accent; a specific body language ; popular words mainly used by young working class migrants, etc.) in order to ridicule these stereotypes and fight racism. Unfortunately good anti-racist intentions are not enough and the humour often misses its target.

This humour can be perceived as patronising by non Franco-French and is certainly disconnected from the reality and diversity of origins of France’s population today.

The Franco-French stand-up comedians who use this form of humour pretend they are “only joking” but at the same time they often want to deliver a humanist political message: no to racism. The coexistence of these two explanations is quite confusing for those who are not familiar with Franco-French humour.

Charlie Hebdo’s journalists and caricaturists have always practiced this humoUr without questioning its ambiguities. They thought they were right because they made fun of every institution and religion, and because they did not want to produce a serious political newspaper. The cartoonist Luz, one of the rare survivors from 7 January, says in a very interesting interview translated into English : “We work on details, specific points in correlation with French humour and our way of analysing things à la française” (bit.ly/luz-iv).

Some people think this Franco-French humour is a colonialist or neo-colonialist humour. In the case of Charlie Hebdo, at least, this accusation is false : they have been hostile to all French military interventions since the Algerian war. (One exception was the war in Kosova, but that created many internal problems.).

What has changed in the situation of Muslims in France?

A process began more or less 30 years ago, between 1982 and 1984, when several minority strikes for dignity, and against sackings, occured in the automobile sector.

These migrant strikers asked, among other things, for prayer rooms inside their factories and were attacked as “Islamists” by the Socialist government... They were also physically attacked by some of their Franco-French workmates (organised in a scab trade union) who shouted “Arabs in the oven, Blacks in the Seine, we want to work!”

Today French and foreign Muslims living in France are not only car workers, street cleaners, or low-wage workers; they are also doctors, lawyers, teachers, executives, etc. Today a significant fraction (at least 30%, certainly more than a million people) of Muslim migrants (foreigners with a stay permit, recently naturalised French and their children) want to practice their religion in normal conditions like any other believers.

They want their democratic rights to be respected in the public space. Their demands have faced many obstacles. In France it’s difficult for Muslims to find pieces of land to build mosques, or to buy buildings for that purpose. Physical attacks on Muslim women wearing the hijab (or the tiny minority wearing the burqa) and racist slogans painted on mosques and Muslim cemeteries are becoming more common.

Charlie Hebdo and, more broadly, many French left anti-racists have not fully understood the political implications of this new situation. They maintained the same anti-religious and anti-clerical credo which was prevalent in the early 20th century, inside the workers’ movement but also inside the bourgeois republican parties hostile to the Catholic Church.

They believed that they could (in the name of atheism and of a fully justified critique of all religions) treat believers of a relatively recent religion in France like Islam in the same way as believers of much older religions (Protestant and Catholics) who had painfully learned to stop fighting bloody religious wars and (to some extent) respect the separation between religion and state.

Muslims are more “touchy” than the other believers of other religions because all the media (not only Charlie Hebdo!) attack them all the time and because they are physically attacked in the streets and harassed by the cops, which never happens to Catholics or Protestants in France.

In addition, as we know, young people of African or North African origin, practising Muslims or simply “racially profiled” Muslims, are discriminated against at school, on the labour market, in the media and in social life.

It should not surprise us that reactions against institutional racism take different forms: traditional democratic protests against police violence and harassment; involvement in left and right parties, local associations and trade unions — but also politico-religious forms: sympathy for the religious forces fighting Bashar Al-Assad, sympathy for the prosecuted Egyptian Muslim Brothers, for Hamas or Hezbollah, etc.; religious forms (salafist separatism); and even, for a tiny handful, jihado-terrorist criminal actions.

The situation requires tact, intelligence and sensitivity. The use of a gritty, vulgar, provocative, blasphemous humor has had disastrous political effects in the recent years, especially after the “Muhammad cartoons” business in 2006. To the great misfortune of the Charlie Hebdo team, their jokes have also been well received by truly “Islamophobic” people (i.e. anti-Muslim racists) and extreme right-wingers.

If we don’t recognise this fact, we can’t understand why Marine Le Pen wanted so much her xenophobic and racist party to be accepted on the 11 January march and why, in many towns outside Paris, the National Front has participated in marches honouring the journalists of Charlie Hebdo...

A publication which always denounced them as fascists, and was sued several times by Le Pen and its lieutenants. A magazine which collected 350,000 signatures to ban the National Front!

• Other texts in English related to this article

1. Will the far left learn from the Toulouse murders? (2012)

2. It’s worth noting that several hostages were saved in the kosher supermarket on 9 January by a Malian Muslim worker who hid them, escaped and... was handcuffed for 90 minutes by the cops when he escaped! In 2011, this wise and brave young guy had led a struggle for his right to stay in France with the support of the RESF network.

3. I can't find a better (worse) example to illustrate this attitude than Mansoor Hekmat’s Islam and De-Islamisation. This interview contains useful remarks but tends also to present Islam as the main danger in the world today, as a religion worse than all the others. “These people [living in ‘Islamic’ societies] like all others are yearning for freedom, equality and an end to discrimination, (...) the strongest characteristic of these people, despite all the pressures, is their desire for a western type of culture and lifestyle”. As if Western culture could offer “freedom, equality and end of discrimination”!

Related Link: http://www.mondialisme.org/spip.php?article2223
author by Said Bouamamapublication date Sun Feb 15, 2015 18:13author address author phone Report this post to the editors

Le sociologue et spécialiste des quartiers populaires Saïd Bouamama dévoile les enjeux de l'après-Charlie, en exclusivité pour les lecteurs d'Investig'Action. Regarder la vidéo

Related Link: https://www.youtube.com/watch?v=c1fwYhq81wc
author by Said Bouamamapublication date Sun Feb 15, 2015 18:13author address author phone Report this post to the editors

Le sociologue et spécialiste des quartiers populaires Saïd Bouamama dévoile les enjeux de l'après-Charlie, en exclusivité pour les lecteurs d'Investig'Action. Regarder la vidéo

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author by BlackCarbonpublication date Mon Feb 16, 2015 01:26author email author address author phone Report this post to the editors

And now after the new assassinations in Copenhagen run to justify.

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George Floyd: one death too many in the “land of the free”
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