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Sept thèses pour un mouvement libertaire au centre de la tourmente

category ibérie | mouvement anarchiste | opinion / analyse author Monday January 28, 2013 05:07author by José Luis Carretero Report this post to the editors

Une proposition d’action et de recherche pour le mouvement libertaire dans ce début turbulent du XXIè siècle doit nécessairement incorporer un bref diagnostic de la situation. Un diagnostic qui se résume en un seul mot: la crise.

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Crise d’un système de domination et d’un mode de production fondée sur l’exploitation et la violence. Crise, aussi, des paradigmes classiques traditionnels qu’on lui opposait, qui le poussaient à se limiter et le faisaient basculer dans la répression et la réforme.

N’oublions pas ce second aspect de la crise. Les mouvements sociaux (et davantage, ceux au niveau global) ont montré ces dernières décennies les traces d’une grande défaite, celle de la première vague révolutionnaire, qui a duré de 1871 à 1989 [2]. Les cicatrices laissées par cette bataille sont encore visibles jusqu’à aujourd’hui. Et, qui plus est, les sous-produits toxiques générées par la tentative de métaboliser la résistance de la part du système, se voyant victorieux, font presque partie de l’ADN de ce qui a survécu et qui, à l’heure actuelle, fait face à l’émergence plus que probable d’un nouveau cycle de luttes, franchement encourageant.

Le mouvement libertaire ne fait pas exception. Ces années de défaite et de marginalité l’ont chargé de multiples poids et ont attribué à son image des traits sombres que nous devons écarter si nous voulons qu’il devienne un outil solide et utile dans les mains de ceux qui veulent renverser l’état actuel des choses.

Par conséquent, et vu certains débats actuels, je vais essayer de dénouer certains nœuds que les dynamiques présentes cherchent à imposer à nos pratiques et nos propositions. Voici quelques thèses pour leur discussion publique et fraternelle, dans la recherche d’une recomposition de l’insurrection libertaire qui commence à se faire connaître un peu partout :

Première thèse : Notre mouvement est social

Le mouvement libertaire est un mouvement qui cherche à transformer la réalité. C’est aussi simple que cela. Changer le monde c’est modifier les usages et les structures d’ensemble qui soutiennent la forme de vie dominante, c’est-à-dire le capitalisme.

Cela signifie que notre quête n’est pas une recherche spirituelle de plus (une sorte de nouveau christianisme à l’affut de jeûnes et de pénitences), mais bien une tentative révolutionnaire. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, notre modèle n’est pas le saint ou la communauté moralement pure, mais celui du militant lié aux mouvements de masses et aux grandes luttes sociales. Luttes, en tout cas, révolutionnaires, c’est à dire qui cherchent à produire des effets brusques d’avancées, et pas seulement une évolution lente.

En outre, cela implique également que le lien avec les grandes masses de la population, de leurs besoins et de leurs intérêts, est absolument indispensable. Nous n’allons rien transformer tout seul, et l’avant-gardisme le plus profond consiste à imposer aux foules ce qui devrait les intéresser [3]. Cela veut dire que la défense des intérêts matériels immédiats de ceux qui sont soumis et exploités ne peut pas être abandonnée et qu’elle est absolument essentielle, au moment du Grand Pillage et de la forte offensive de l’oligarchie financière, faire face à un pouvoir libéré de tout contrôle dont les dynamiques visent la suppression des acquits et génèrent la misère.

Deuxième thèse : De plus, notre un mouvement appartient à la classe ouvrière

Toujours, tout au long de sa vie, le mouvement libertaire s’est expressément identifié en accord avec les intérêts de la majorité sociale exploitée : avec le prolétariat des campagnes et des villes. Nous pouvons discuter sur comment aujourd’hui, cette classe se constitue, quelles sont ses lignes de fractures authentiques. Ce que nous ne pouvons pas, car c’est radicalement faux et que les dernières décennies nous montrent que cela ne nous mène nulle part, c’est nier la réalité de l’exploitation du travail et de l’extraction de la plus-value.

La classe ouvrière existe, même si elle est précarisée et, peut-être, plus soumise que jamais auparavant. L’illusion de l’existence d’une classe moyenne omniprésente est en train de s’effondrer aujourd’hui. C’est la thèse illusoire, très liée à l’extension de la consommation, que le travail dans le capitalisme est quelque chose de sporadique et non nécessaire à la survie. La force des choses nous a renvoyés à la pure réalité : la « libération du travail » passe par sa réappropriation et sa socialisation, non pas par une fuite vers la marginalité qui ne fait que renforcer les chaînes-mêmes auxquelles on désire nous soumettre.

Bien sûr, cela nous amène à aventurer une autre déclaration : nous pouvons critiquer les aspects les plus régressifs du monde du travail organisé, rire de leur faiblesse actuelle et des tentatives de lancer une grève générale de syndicalisme militant ; nous pouvons faire toute la phraséologie qui nous plaira sur les « nouveaux acteurs sociaux » que, du reste, nous sommes incapables d’organiser... sans le monde du travail, il n’y a pas de Révolution Sociale possible. Sans les travailleurs [4] organisés le processus constitutionnel futur [5] ne sera que l’expression de l’ambition politique des restes radicalisés de la classe moyenne. Sans classe ouvrière il n’y a pas de contenu social, il n’y a qu’un changement politique (dans le meilleur des cas, car il est également difficile de changer quoi que ce soit sans pression sur l’activité productive) agrémenté, c’est possible, de quelques assemblées comme cosmétiques.

Le futur processus constitutionnel n’a de sens que dans une perspective libertaire, s’il intègre clairement la composante sociale, et pour ce faire il faut la pression de la classe ouvrière organisée. Certains éléments de démocratie directe purement marginaux dans une future constitution ne suffisent pas, si finalement nous ens restons, comme maintenant, à la réforme du travail, aux entreprises de travail intérimaire, la sous-traitance.

Troisième thèse : Le mouvement libertaire vise à l’unité

Notre mouvement, comme dynamique réelle de classe et, l’engagement pour l’unité du sujet et de secteurs exploités.

Connaissant la réalité et l’expérience des luttes passées, nous savons que seule l’unité de l’ensemble des secteurs de la population soumise à la discipline oligarchique de l’élite financière transnationale, peut constituer un bloc suffisamment étendu et fort pour pousser les changements dans la direction d’une démocratisation (politique et économique) du monde.

Cette Grande Alliance Sociale pour changer serait l’expression, voire 99%, sûrement de la grande majorité de la population globale. Notre objectif est d’incorporer à cette lutte les ́léments suffisants d’approfondissement assembléaire et socialisant pour en faire le début d’un grand processus de transition vers un autre modèle global radicalement différent. Faire avancer les transformations qui mettent en marche ce grand bloc historique vers l’autogestion de la production et la démocratie directe, en surmontant les hésitations et les doutes d’autres secteurs et de fractions de classe qui prétendraient s’arrêter à mi-chemin, ce qui ne peut que conduire à une involution.

Mais pour construire cette Grande Alliance Sociale, il est évident que nous devons renoncer à tout dogmatisme et à tout sectarisme, à la passion de discréditer et à juger sommairement les autres. Des habitudes profondément ancrées dans nos milieux.

En partant de ce que la critique fraternelle et constructive est non seulement nécessaire, mais profondément salutaire, nous devons inclure aussi dans l’ADN de notre mouvement l’habitude de la coopération et de l’alliance, de la complicité et de l’entente avec tous ceux qui luttent. Pour écouter, une fois pour toutes, et pas seulement décocher des critiques sans fin, les gens dans les rues et les lieux de travail dont nous parlons tant.

Quatrième thèse : Organisation ? Oui, et encore oui

L’ennemi est organisé. D’autres secteurs, qui veulent orienter les eaux des luttes sociales vers leur moulin autoritaire, sont organisés. Renoncer à l’organisation serait suicidaire et irresponsable, à moins que nous ne voulions qu’être éternellement des bricoleurs de concepts que les autres manipulent à leur guise pour en faire les outils de leur pouvoir.

En outre, l’organisation en soi n’est ni mauvaise ni aliénante. Nous avons les éléments (les assemblées, le fédéralisme ...) pour construire des structures avec un sens et une légitimité démocratique. Et nous pouvons le faire dans toutes les sphères sociales (professionnelle, citoyenne, idéologique ...). Chaque organisation n’est pas nécessairement avant-gardiste (dans le mauvais sens du terme). En revanche c’est le cas de ce qu’une partie du féminisme appelle la "tyrannie de l’absence de structures", où toutes les décisions sont prises dans les couloirs et les bars, par une minorité de gens qui se connaissent et qui n’ont de compte à rendre à personne. Et dans l’assemblée tout est fait, non pas par tel ou tel parti (cela se verrait d’une façon ou d’une autre), mais par un "réseau fluide" de personnes qui sont toujours les mêmes et empêchent que quelqu’un d’autre participe, mais certes, avec toute une phraséologie sur le communautaire. Nous avons, certains d’entre nous, suffisamment d’expérience des milieux diffus et informels pour savoir de quoi nous parlons. Il y a des "organisations" démocratiques et des "réseaux" profondément centralistes, et vice versa. Mais l’organisation (démocratique, que nous avons en tête) permet de faire des choses de plus en plus complexes et à plus grande échelle et, de plus, c’est le seul garde-fou dans les moments de reflux, les attaques de la répression, les infiltrations et les dérives chaotiques.

Cinquième thèse : L’hybridation? Bien sûr, mais comment?

Ici, je prends un peu position sur les affirmations, dans un article récent, du camarade de la CGT Antonio J. Carretero. Nous devons intervenir, je l’ai clairement exprimé ailleurs. Et le faire bien au-delà du monde du travail, je n’en ai aucun doute. Nous devons être dans les mouvements sociaux, l’écologie, les CSA [6], dans les grands courants culturels, musicaux, poétiques ... partout. Nous faisons partie d’un monde en ébullition, et nous n’avons qu’une vie. Le vitalisme et la passion doivent nous pousser à faire tout notre possible pour développer toutes nos compétences et nous insérer dans toutes les luttes. C’est, en outre, une nécessité du point de vue stratégique et tactique.

Ce que je ne vois pas bien c’est que cela doivent passer nécessairement par le syndicat, indépendamment des forces ou de la quantité d’énergie qu’il peut canaliser dans cette direction. S’il y a trop de possibilités, pourquoi pas ?, mais cela peut également bloquer les autres travaux nécessaires. Je pense que ce qui est latent dans cette proposition de "syndicat intégral" c’est l’absence radicale d’une d’organisation spécifique unitaire et large, qui puisse adopter une perspective holistique [= totale] à partir d’une position résolument libertaire. Des tendances spécifiques existent, mais leurs tendances de « synthèse » et de lien exclusif avec une organisation syndicale ou une autre ont rendu impossible cette fonction. Alors on se sert des "plates-formes" sur plusieurs sujets communs et parfois (pas toujours, car il y a beaucoup de plateformes très assembléaires et saines [7]) nous dépassons le complexe et la crainte de travailler pour les autres. Nous voulons résoudre cela par un "syndicat intégral" qui jouerait le rôle de l’unité spécifique qui n’existe pas, mais bien sûr, un syndicat a d’autres besoins et d’autres urgences. Le moment est venu d’envisager la construction d’une organisation libertaire spécifique, qui, à partir d’approches unitaires et non dogmatiques favoriserait l’extension de l’influence sociale de nos perspectives dans l’ensemble des mouvements populaires. Dans le cas contraire, c’est la poursuite de la prévalence de la fracture et des tendances de plus en plus délétères dans nos milieux.

Sixième thèse : Construire et défendre

Il faut être dans les mouvements sociaux qui luttent contre la grande offensive des puissances financières. Il faut défendre le salaire social sous la forme de l’enseignement public et gratuit ou de l’accès universel aux soins de santé. Il faut faire face aux réformes du travail et des retraites. Il faut éviter que des êtres en chair et en os soient dans la pauvreté et dans la misère.

Il faut aussi construire des alternatives de vie viables contre la façon dont le monde est structuré. Étendre un réseau autogestionnaire vaste et diversifié et expérimenter des formes de socialisation et de contrôle des travailleurs et des services aux citoyens.

Il faut faire les deux choses en même temps, aussi difficile que cela puisse être. Cela n’est ni antithétique ni contradictoire. Défendre le front est essentiel pour que l’arrière-garde puisse faire des expérimentations. Faire de l’arrière-garde un laboratoire de nouvelles formes de vie sans autorité et sans exploitation est indispensable pour que l’affrontement avec les dangers du front ait un sens. C’est une autre façon de faire pression pour la classe ouvrière : l’organisation ouvrière en revendication constante et des expériences de construction de la nouvelle société, en insistant sur la structure productive. La confluence de ces deux domaines édifie la possibilité de l’émergence d’une réalité transformatrice et, en même temps, en conflit avec le vieux monde. C’est le communisme (libertaire, bien sûr) comme mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. Conflits et construction. Confrontation et créativité sociale. Notre « destruction créatrice ».

Septième thèse : De l’audace, encore de l’audace

Le monde est en effervescence. À des époques de crise ce qui est vieux n’est pas encore mort, mais il est trop faible pour diffuser son pouvoir sur tout l’ensemble social, ce qui est nouveau n’est pas encore né, mais sa nature volcanique transparaît dans les coulisses. C’est le moment où les mouvements sociaux, qui, à d’autres occasion n’auraient pas eu la possibilité de laisser leur marque dans l’ensemble social, peuvent produire des bifurcations décisives dans les systèmes soumis à une tempête chaotique de flux et de pressions. C’est le moment de pousser. Un moment extrêmement dangereux, bien sûr, mais porteur de toutes les possibilités.

Un mouvement libertaire qui s’efforce de devenir un outil utile dans les mains des exploités et des opprimés, un instrument de libération et de transformation de la réalité, ne peut pas rester à l’écart des grands mouvements des plaques tectoniques de notre monde. La société va se transformer radicalement dans les prochaines décennies. Il dépend de nous d’essayer d’influencer dans la direction de ces changements. Personne n’a dit que ce sera facile. Mais la passion et l’audace sont indispensables.

Voici nos thèses. Nous avons besoin de les soumettre au tribunal de la critique fraternelle et à l’épreuve exigeante de la praxis.

Nous devons nous rencontrer.

José Luis Carretero

Notes

[1] Le traducteur n’est jamais neutre puisque sur mille documents disponibles chaque jour dans une langue, il en choisit quelques uns de temps en temps. J’ai rajouté quelques notes, une façon indirecte de plus, de débattre comme le propose José Luis.

[2] La Commune de Paris a été très certainement une lutte révolutionnaire, la chute du Mur de Berlin ne fut qu’ un énième marchandage entre la nouvelle classe exploiteuse marxiste léniniste et les capitalistes.

[3] Cela s’appelle le marxisme léninisme et la Tchéka pour les dissidents. Toute similitude avec les lois antiterroristes et les assassinats de la CIA est parfaitement exacte

[4] Je crois qu’il faudrait définir travailleurs comme couche socials de personne ayant un travail et avec un accès précarisée, minime ou nul au travail du fait de la structure même du capitalisme, dans les différentes parties des continents

[5] Tendance d’une partie des indignés

[6] Centre social autogéré.

[7] Les indignés du mouvement du 15-M

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