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Egypte: "La population est en colère de voir la révolution trahie"

category afrique du nord | luttes dans la communauté | entrevue author Thursday April 05, 2012 21:37author by Marouane Taharouri - Alternative Libertaire Report this post to the editors

Entretien avec Yasser Abdelkawi (Mouvement Socialiste Libertaire)

Le Mouvement Socialiste Libertaire (MSL) a émergé à la faveur de la révolution. Depuis quelques mois, le MSL et un de ses principaux militants, Yasser Abdelkawi, sont la cible d’une campagne de calomnies orchestrée par les médias d’Etat et les Frères musulmans. Yasser a répondu aux questions d’Alternative Libertaire.

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Peux-tu nous brosser un tableau des forces politiques et sociales en présence dans l’arène égyptienne?

Elles peuvent être scindées en deux grands camps.

L’alliance militaro-capitaliste forme le premier. On y trouve :

– les généraux, qui détiennent une richesse estimée entre 44 et 50 milliards d’euros, composée de sociétés et d’institutions économiques possédées par l’armée. On peut y ajouter de vastes terrains agricoles et un patrimoine immobilier, un budget militaire qui reste secret, hors du contrôle du gouvernement « civil ». Les hauts gradés de la police et hauts fonctionnaires de la justice peuvent également être placés dans cette catégorie.

– les Frères musulmans et les au­tres forces de droite comme les salafistes, acquis au capitalisme le plus sauvage  [1]. Leur leaders sont en majorité des affairistes qui bénéficient d’appuis financier dans les pays du Golfe. Le Parlement actuel est assez représentatif de cette catégorie.

– les hommes d’affaires actifs à l’échelle internationale, acquis à l’économie de marché mondialisée. Ils ont émergé dans la dernière décennie du pouvoir de Moubarak. Sous la tutelle de son fils, Gamal Moubarak, ils ont constitué un lobby de tendance ultralibérale et néoconservatrice. Le gouvernement récemment élu et présidé par Kamal al Ganzouri – l’architecte de la privatisation dans les années 1990 – les représente assez bien.

Le deuxième camp est celui des forces révolutionnaires, dressés à la fois contre le pouvoir militaire et contre les islamistes. Il se compose de deux courants :

– les mouvements politiques issus de la classe moyenne et de la bourgeoisie, certaines et certains militants issus de la société civile. Leurs programmes sont assez creux et ne proposent pas de solution à la détresse des classes populaires. Prisonniers d’une logique élitiste et réformiste, ils et elles restent attachés à une contestation légale. Par exemple, ils condamnent les jets de pierres sur les policiers.

– des groupes de révolutionnaires indépendants et les forces popu­laires apolitiques  [2] restent le noyau dur de toute contestation radicale. Malgré son courage, ce courant ne possède pas encore de stratégie ou de buts politiques ou sociaux clairs. Cela ne veut pas dire absence de conscience politique, mais leurs activités sont limitées aux affrontements urbains, sans dynamique politique de long terme.

Que propose le Mouvement socialiste libertaire dans ce contexte très difficile?

La stratégie du MSL repose sur la propagande des idées libertaires au sein de la contestation populaire, le développement des revendications pour la démocratie, la liberté et la justice sociale avec des objectifs susceptibles d’être réalisés à court terme. Le MSL expose aussi le projet de société socialiste libertaire comme alternative aux idées réformistes des élites bourgeoises.

Les outils de propagande sont :

– Internet et les réseaux sociaux ;

– les publications de textes, et notre journal dont la périodicité reste aléatoire ;

– les graffitis ;

– les manifestations de rue avec banderoles, drapeaux et slogans ;

– l’organisation de débats pu­blics.

La majorité des membres du MSL vivent et militent hors du Caire, surtout à Alexandrie et dans les villes du delta du Nil. Notre activité militante est donc concentrée dans les zones industrielles d’Alexandrie et de l’est du delta du Nil.

Où en est l’organisation ouvrière?

L’organisation des travailleuses et des travailleurs est assez complexe ici. Les anciens syndicats gouvernementaux existent toujours avec leur bureaucratie, leur corruption, et ont perdu toute influence. Malgré tout, l’ancienne Fédération syndicale égyptienne (ETUF), dissoute en janvier 2011, a réussi à renaître par décret, et la nouvelle Fédération des syndicats égyptiens (FETU), fondée place Tahrir, reste quand même une copie de l’ancien syndicalisme gouvernemental, avec une hiérarchie pyramidale et un système bureaucratique. Du coup, les travailleuses et les travailleurs, en Égypte, ont l’habitude de s’organiser en dehors du cadre syndical. Ainsi par exemple les cheminots, qui forment la corporation la plus soudée, la plus organisée et la plus combative, défendent leurs droits en dehors du syndicat officiel des cheminots, et en tirent même une certaine fierté.

Le MSL s’efforce de nouer des contacts avec les groupes d’ouvriers indépendants des organisations syndicales, qui sont souvent infiltrées par la police, ou corrompues, et dans les meilleurs de cas contrôlées par des groupes communistes autoritaires [3].

Y a-t-il un mouvement spécifique des chômeuses et des chômeurs?

Aucune organisation n’existe jusqu’à maintenant. Le statut de « chômeur » est difficile à cerner, car il n’est pas reconnu par les autorités, et il n’y a pas de statistiques à son sujet. Il faut cependant signaler la déclaration d’un syndicat des marchands ambulants, mais sur le terrain rien n’est encore fait.

Quel rôle jouent les femmes dans la révolution?

L’activité féministe a été visible dès les premiers jours de la révolution, malgré son éparpillement. Les femmes sont descendues dans la rue en masse, et n’ont pas hésité à participer aux affrontements, notamment le 28 janvier 2011. Elles ont été présentes aussi dans le soin aux manifestantes et aux manifestants blessés, et dans le service d’ordre pendant l’occupation de la place Tahrir. Le 8 mars 2011, la manifestation des femmes a subi des agressions. Le lendemain, les militaires ont dispersé un sit-in féministe place Tharir, et ont arrêté 18 femmes qui ont subi des fouilles à nu par des soldats, comme Amnesty International l’a établi. Les autorités ont étouffé l’affaire, jusqu’à ce qu’une militante, Samira Ahmed, dépose plainte. Les militaires ont souvent ciblé les femmes dans les manifestations, comme en attestent les vidéos et photos des affrontements de la rue Mohamed-Mahmoud en novembre, montrant de jeunes femmes tirées par les cheveux. En réaction, plusieurs manifestations féministes et antimilitaristes ont été organisées, pour réclamer l’égalité. Des manifestions pour les droits des femmes ont encore eu lieu les 6 et 7 février dans tout le pays.

L’alliance de fait entre les Frères musulmans et l’armée est-elle partie pour durer?

Certaines et certains espèrent voir l’alliance entre les Frères musulmans et l’armée se rompre, en se référant au scénario des années 1950 où Gamal Abdel Nasser s’était violemment attaqué aux Frères musulmans de l’époque. Mais la génération actuelle des Frères musulmans est beaucoup plus pragmatique et plus liée au capitalisme, avec un vrai poids économique. Ils ne voudront pas faire courir de risques à leurs affaires. Pour cette raison, on peut dire que cette alliance est en train d’être scellée sur le long terme, comme c’est le cas au Pakistan : l’armée garantit aux islamistes leur contrôle du champ politique et la prospérité de leurs affaires, et de l’autre côté les islamistes garantissent la légitimité et l’immunité politique et constitutionnelle.

Les révolutionnaires conservent-ils et elles le soutien de la population?

L’ambiance du premier anniversaire de la révolution était impressionnante. Même les plus optimistes d’entre nous ne s’attendaient pas à une telle foule. La population est en colère de voir la révolution trahie, et frustrée qu’elle soit vidée de son sens libérateur. Des slogans hostiles au Parlement ont été scandés. Donc nous nous attendons à ce que de plus en plus de monde rejoigne le mouvement anti-Parlement islamiste, surtout quand on voit la désillusion populaire vis-à-vis de ses résultats : ce Parlement a refusé de prendre le pouvoir « accordé » par l’armée, et les milices des Frères musulmans ont agressé les manifestations qui marchaient en direction du parlement pour réclamer qu’il exerce un pouvoir effectif.

Que peut-on faire aujourd’hui pour aider les libertaires égyptiens?

Ce dont nous avons besoin, en plus de la solidarité internationale, c’est d’un appui intellectuel. Nous avons besoin de participer plus activement aux discussions dans les grandes organisations anarchistes et libertaires qui possèdent un héritage historique. Nous voulons aussi que vous participiez à nos débats, avec votre point de vue et votre expérience. Nous voulons resserrer nos liens avec le mouvement libertaire international, pour y exprimer nos idées et nos aspirations. Nous avons besoin d’exposer au monde nos opinions, nos luttes et la lutte du peuple égyptien.

Propos recueillis le 15 février 2012 par Marouane Taharouri (AL Paris nord-est)

[1] NDLR : Les Frères musulmans, les salafistes et la hiérarchie copte ont pesé de tout leur poids pour faire échouer la grève générale du 11 février. Les Frères musulmans ont martelé que le concept de désobéissance était contraire aux préceptes de l’islam. Selon RFI, les cheikhs salafistes ont de leur côté affirmé qu’en islam, « le travail est religion ». Le pape des coptes a lui condamné la grève, au nom de l’intérêt de la nation. Il faut espérer que la réalité de la conflictualité sociale poussera à l’avenir la classe ouvrière égyptienne à ne plus écouter les hiérarques religieux.

[2] NDLR : On peut y placer les groupes d’ultras, supporters de football qui ont constitué le fer de lance des affrontements avec la police depuis le début de la révolution.

[3] NDLR : comprendre marxistes-léninistes et trotskystes, souvent imprégnés de nassérisme de surcroît  !

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Revista "Socialismo Libertário" num. 2

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