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Fralib: Quand l’autogestion infuse

category france / belgique / luxembourg | luttes en milieu de travail | opinion / analyse author Wednesday March 07, 2012 19:44author by Hervé - Alternative Libertaire Marseille Report this post to the editors

En cette période où les capitalistes veulent faire payer la crise aux salariés, la lutte des Fralib montre que la résignation n’est pas de mise. Elle oppose la multinationale Unilever aux travailleurs et travailleuses d’une filiale française qui produit des sachets d’infusion ou de thé, vendus sous les marques Lipton et Éléphant.
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En septembre 2010, Unilever annonce la fermeture de l’usine Fralib de Gémenos à côté de Marseille et le transfert de la production dans d’autres usines du groupe en Belgique et en Pologne. Fralib n’est pas en faillite, ni même déficitaire. Au niveau mondial, Unilever ne connaît pas la crise, au contraire: 44,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 4,6 milliards de bénéfices en 2010. Ce qui est en jeu, c’est le partage des richesses créées par les salariés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2010 Unilever France (Miko, Amora, Knorr, Alsa, Sun, Axe, Dove, Lipton…) a augmenté la valeur ajoutée de 12,7 %, la part revenant aux salarié-e-s passant de 57 % en 2009 à 51 % en 2010 et celle des profits de 21 % à 28 %. Cela se traduit par une stagnation des salaires, une augmentation de la précarité, et une baisse des effectifs – perte de 335 emplois entre 2009 et 2010 – tandis que le bénéfice net passe de 6 à 56 millions. Concentration de la production, baisse de la masse salariale, délocalisation dans les zones à bas salaires, hausse de la productivité : Fralib est victime de la politique de «création de valeur» pour l’actionnaire.

Se battre pour conserver l’emploi

En s’attaquant aux Fralibiens et aux Fralibiennes, Unilever est tombé sur un os. Les 182 salarié-e-s refusent d’être sacrifiés sur l’autel du profit. Quand la nouvelle de la fermeture tombe, ils viennent de sortir d’une grève victorieuse de quatre semaines sur les salaires [1]. Fortement syndiqués à la combative section CGT, ils décident de se battre pour conserver l’emploi plutôt que d’obtenir des primes de licenciements élevées. Leur détermination est renforcée par l’expérience d’une cinquantaine d’entre eux qui ont déjà dû quitter le Havre pour la Provence, après la fermeture d’une autre usine du groupe en 1998.

Commence alors un combat exemplaire, entre le pot de thé et le pot de fer [2]. Unis dans l’intersyndicale CGT-CGC, les salarié-e-s utilisent tous les moyens à leur disposition : appel au boycott du thé Lipton, actions régulières pour populariser la lutte, occupation du site pour éviter le déménagement des machines, bataille judiciaire pour faire annuler le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Les Fralib n’espèrent pas faire revenir la multinationale sur sa décision. Ils proposent un projet alternatif de reprise, s’appuyant sur la marque Éléphant, née à Marseille en 1892.

Un projet alternatif

Le projet veut en faire une marque provençale et populaire, synonyme de qualité. Pour cela, il est prévu de revenir à des procédés d’aromatisation naturelle qu’en 2001 Unilever a remplacé par des procédés chimiques, de créer de nouvelle filières d’approvisionnement s’appuyant sur des producteurs locaux pour les plantes aromatiques, et à moyen terme de s’appuyer sur le commerce équitable pour le thé. Plutôt qu’une Scop difficile à mettre en place, étant donné le montant des investissements nécessaires, les Fralib penchent pour une structure mixte, entre investisseurs privés, collectivités locales et salarié-e-s, avec une participation financière d’Unilever pendant plusieurs années. Plutôt que l’autogestion, ils et elles préfèrent la garanti d’un droit de veto sur les grandes décisions.

La ténacité et la créativité des salarié-e-s en lutte commencent à porter leurs fruits. Le 17 novembre 2011, la Cour d’appel d’Aix a rejeté le PSE, obligeant Unilever à réintégrer la totalité du personnel et à redémarrer l’activité. Une décision de justice qui n’est toujours pas appliquée aujourd’hui.

De son côté, le projet de reprise alternatif fait son chemin : des investisseurs privés se sont montrés intéressés et le gouvernement, indifférent jusqu’à présent, demande au préfet de l’examiner.

Hervé (AL Marseille)


[1] Voir AL n°197 de l’été 2010.
[2] "Pot de thé, Pot de fer", film de Claude Hirsch sur le combat des Fralib (2011)

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