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Macoutes et Opportunistes du Chili Exportés en Haïti

category amérique centrale / caraïbes | impérialisme / guerre | opinion / analyse author Sunday January 15, 2006 00:52author by José Antonio Gutiérrez D. - pour Haiti Tribune, Bimensuel d'Informationauthor address 190, Boulevard de Charonne, 75020 Paris Report this post to the editors

Haiti Tribune, Decembre 2005 -2éme Annee, No 29

Nous savions, au Chili, que ces « Socialistes » et voyous pinochistes pouvaient travailler habilement et main dans la main en Haïti. Après tout, ils firent cela pendant 15 ans au Chili, lorsqu’en 1990 la transition vers la démocratie marqua le mariage des chiliens macoutes et des hommes politiques opportunistes entraînés en Europe. Pourquoi ne pouvaient-ils faire de même en Haïti ?
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Presque un an et demi après l’arrivée des troupes de la MINUSTAH en Haïti, ayant pour mission explicite de ramener la stabilité dans le pays et de protéger les citoyens de la violence politique, ouvrant ainsi la voie à un retour à la démocratie, il semble que les choses aient pris une toute autre direction. L’insécurité s’est développée, le nombre de personnes tuées lors de violences politiques a augmenté considérablement et ce qui est sûr c’est que les troupes de MINUSTAH ne font pas grand chose pour protéger le peuple haïtien.
Au lieu de cela, les troupes auraient eu un rôle actif dans la violation des droits de l’homme. Si l’on jette un coup d’œil à la liste des pays envoyant des troupes, il n’y a presque aucune raison d’être surpris. Des pays comme le Pakistan, le Népal, le Maroc ne sont pas particulièrement connus pour le respect des droits de l’homme et encore moins pour les libertés civiles. Les armées de ces pays et d’autres pays comme l’Argentine, le Brésil ou le Chili ont un lourd passé de violations des droits de l’homme. Elles ont aussi observé un mépris traditionnel pour les valeurs démocratiques – l’histoire des interventions militaires dans ces républiques représente une preuve sans équivoque pour ceux qui en doutaient encore. De nombreuses personnes furent encore choquées d’apprendre qu’Eduardo Aldunate, deuxième commandant des troupes chiliennes en Haïti était un tortionnaire sous la dictature de Pinochet et membre de la sinistre CNI, la police politique du dictateur, les tontons macoutes de notre république du Sud.

Cette révélation amène assez naturellement une autre question. Serait-il possible pour un ancien agent de la dictature chilienne, supportée par la CIA, de travailler main dans la main avec le « socialiste » chilien M. Juan Gabriel Valdés, chef de la mission des Nations Unies En Haïti ? Cela ne semble déranger ni l’un ni l’autre, au nom de la vérité.

Curieusement, considérant les éléments douteux au sein de la MINUSTAH et les fréquentes dénonciations des groupes internationaux de protection des droits de l’homme au sujet de la situation en Haïti, M. Valdés proclama le 11 juin qu’en Haïti il n’y avait pas de persécution politique comme celle qui exista au Chili sous Pinochet. Il sait bien que l’armée chilienne en Haïti est celle qui persécuta le mouvement populaire il y a un peu plus de dix ans au Chili. Il ne serait donc pas difficile de penser qu’ils agissent de façon similaire dans un autre pays. Nous avons été impressionnés par la facilité avec laquelle il parle de la répression durant le régime de Pinochet et par ses connaissances à ce sujet dont il se vante.
Connaissances étonnantes en effet puisque durant presque la totalité de la dictature de Pinochet - et en tout cas durant les années les plus dures de la répression - M. Valdés était aux Etats-Unis, au Mexique et en Angleterre, poursuivant des études de troisième cycle. Un homme efficace, il dut être bien éduqué pendant que ses partisans politiques, militants du parti socialiste, étaient fusillés dans les rues de Santiago et dans les camps de concentration du régime terroriste de Pinochet.
Avec un diplôme sous le bras, il revint au Chili, cette fois-ci avec des idées « nouvelles » portées par les vents de la gauche européenne, pour négocier une sortie à la dictature de façon pacifique et démocratique.

Ces négociations furent bénies par les Etats-Unis. La CIA mis le dictateur au pouvoir en dernier ressors pour garder sa mainmise sur le Chili. Ensuite, lorsque les troubles sociaux menacèrent de le renverser, laissant ainsi les portes ouvertes à un projet démocratique radical, ils décidèrent qu’il était temps de le destituer, comme un simple pion sur un jeu d’échec. Alors l’oncle Sam accueillit le retour du repentant sur le sol américain s’il les aidait à s’assurer que le retour de la “démocratie” s’effectuait sans heurts et ne menaçait pas les intérêts de la clique au pouvoir et les alliés de Washington. Et voilà ! La toute nouvelle démocratie laissa la Constitution de Pinochet intacte, de même que son modèle néo-libéralisme anti-populaire et les intérêts des hommes d’affaires qui firent de vastes profits lorsque les entreprises publiques furent mises aux enchères à prix bradés, laissant également les portes ouvertes aux multinationales qui continuèrent de piller nos ressources. C’était la clé du retour de la démocratie au Chili. Et M. Valdés, en tant que parfait acolyte du FMI et de la Maison Blanche, était là pour s’assurer que les choses se déroulaient comme prévu. Lui ainsi que son « parti socialiste » constituaient une parfaite façade pour le nouveau front des élites : Ces « convertis » étaient socialistes en surface mais profondément à droite dans leurs politiques – leur attitude hostile vis-à-vis du Venezuela à l’heure actuelle en est l’exemple le plus clair.

Et là, fermement attaché aux nouvelles institutions « démocratiques », au sein desquelles les putschistes et la progéniture de Pinochet partagèrent pouvoir et office avec ces convertis, M. Valdés, d’un poste à l’autre, se fit lui-même un nom : comme l’un des négociateurs du Chili pour le NAFTA (1996), dans différentes missions diplomatiques, dans divers ministères ou encore en tant qu’Ambassadeur en Espagne (1990-1994) et en Argentine (2003). En 1998, lorsque le dictateur Pinochet fut arrêté à Londres, pour la plus grande joie de nombreuses personnes au Chili, il devint, en tant que Ministre des Affaires Etrangères du Chili, la principale voix exigeant « le retour du citoyen Pinochet au Chili ». Oui, le militant socialiste, le vieil avocat de la démocratie termina en protégeant le dictateur – utilisant toutes sortes d’excuses, sans aucune honte. Après tout, c’était grâce à la dictature de Pinochet qu’il occupait son poste et c’est aussi à cette dictature qu’il devait sa situation actuelle. Il est l’un des gagnants du modèle social de Pinochet qui ramena le Chili au septième rang mondial des inégalités sociales, selon la Banque Mondiale. Et les socialistes ont maintenant leur part du gâteau avec les macoutes chiliens. Après tout, discipline et obédience au maître ont toujours été bien récompensés…

A partir de là, Valdés obtint des postes plus prestigieux. Il devint représentant du Chili auprès des Nations Unies (2000) et fit finalement son entrée au Conseil de Sécurité de l’ONU où le Chili obtint temporairement une représentation (2003). A partir de là, le saut vers Haïti était assez naturel étant donné sa politique opportuniste et ses compétences en tant que mercenaire diplomatique.

Nous savions, au Chili, que ces « Socialistes » et voyous pinochistes pouvaient travailler habilement et main dans la main en Haïti. Après tout, ils firent cela pendant 15 ans au Chili, lorsqu’en 1990 la transition vers la démocratie marqua le mariage des chiliens macoutes et des hommes politiques opportunistes entraînés en Europe.
Pourquoi ne pouvaient-ils faire de même en Haïti ? L’armée amène la répression nécessaire pour mater la rébellion et les hommes politiques amènent les ingrédients pour une transition vers une « démocratie » de style chilien. Cette formule est bien connue pour être un succès.

Par conséquent, nous ne fûmes pas surpris lorsque nous apprîmes l’histoire d’Eduardo Aldunate ou encore les déclarations de M. Valdés le 11 juin. Nous avons éteint la radio et pensé au plus profond de nous-mêmes « Oui, M. Valdés, pas de persécution politique en Haïti » …

José Antonio Gutiérrez D., Novembre 2005.

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