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Anarchosyndicalisme et mouvement ouvrier dans les premières décennies du XXème siècle

category vénézuela / colombie | histoire de l'anarchisme | opinion / analyse author Wednesday November 02, 2011 20:39author by CILEP - RLPMK Report this post to the editors

Bref aperçu de l'influence libertaire sur le seuil du mouvement syndical colombien. Cet article fait partie du travail de développement initié et toujours en cours d'élaboration par le Centre de recherche et d'éducation populaire libertaire (CILEP), organisme affilié au Réseau populaire libertaire Mateo Kramer. [Castellano]

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Anarchosyndicalisme et mouvement ouvrier dans les premières décennies du XXème siècle

Par le Centro de Investigación Libertaria y Educación Popular (CILEP)


"Les syndicats comme organismes spécifiques de classe
ont pour mission de préparer les ouvriers à la lutte contre le capital,
diffusant parmi eux l'esprit de solidarité, identifiant leurs intérêts,
stimulant leur rébellion (...) C'est ainsi que nous entendons le syndicalisme,
que nous le pratiquons et sous cette forme nous essayerons de le diffuser
" La Voz Popular, 1924.

Le mouvement ouvrier en Colombie, au long de son histoire, a été imprégné par des influences idéologiques sans nombre qui, quant à elles, ont déterminé progressivement la consolidation de certains modèles organisationnels, lesquels, depuis la fin du 19ème siècle et les premières décennies du 20ème, ont commencé à se fortifier. Pour cette raison, et en prenant en compte les débats sur l'organisation du mouvement ouvrier en Europe, les différents réduits ouvriers du début du siècle commencèrent à concrétiser un projet organisationnel syndical, qui avait comme fondement d'unifier et d'établir des mouvements ouvriers de base, fondés sur l'autonomie et la solidarité. Dans les statuts et les formes organisationnelles des différents syndicats du début du siècle on peut souligner certaines variables correspondantes à la forme de constitution de l'anarchosyndicalisme, en s'appuyant sur les différents statuts trouvés, et on peut mettre en évidence les catégories typiques de l'anarchosyndicalisme qui suivent : Action Directe, Autogestion, grève générale/solidaire, Sabotage/boycott, Fédéralisme, Antimilitarisme, Féminisme, Expression Culturelle.

Sur la base de ce qui vient d'être dit, et en prenant en compte ces variables, il est correct d'affirmer que le mouvement ouvrier colomhbien du début du 20ème siècle a connu une importante influence des formes de lutte et d'organisation de l'anarchosyndicalisme.

Afin de soutenir cette affirmation, il est nécessaire de connaître quelles étaient les prétentions de l'anarchosyndicalisme et, sur cette base, de pouvoir déterminer quels éléments de l'anarchosyndicalisme influencèrent le mouvement ouvrier colombien. En se sens on tentera d'analyser les statuts des mouvements ouvriers naissants et donc de décrire les expressions anarchosyndicalistes les plus reconnues de cette époque.

L'anarchosyndicalisme

L'anarchosyndicalisme est un courant de pensée qui surgit à la fin du 19ème siècle et se caractérise par l'organisation autonome des travailleurs/euses dans le but de lutter contre l'État et le capital.

L'anarchosyndicalisme cherche, sans la médiation de chefs ou de partis, à défendre les intérêts immédiats de la classe ouvrière et à lutter pour la révolution.

En ce sens il faut identifier quelles sont les formes de lutte et d'organisation de ce courant, pour commencer à établir les prétentions de l'anarchosyndicalisme.

  • Action Directe : C'est une action concrète organisée directement par les intéresséEs, c'est l'organisation sans nécessité d'intermédiaires. Il n'y a pas de tiers qui résolvent les conflits, il n'y a pas de nécessités de déléguéEs. Tout arbitrage étatique, officiel ou légal entre le capital et le syndicat est refusé. Ses méthodes sont la grève, le boycott et le sabotage.

  • Autogestion : Strictement parlant c'est l'autogouvernement ouvrier. C'est une gestion collective anticapitaliste et antihiérarchique. C'est l'administration directe des unités de production dans les quartiers et les villages par celles et ceux qui travaillent en prenant en compte les besoins et les intérêts de la communauté dans son ensemble. C'est lorsque les ouvrierEs gèrent la production d'une société de telle manière que le système économique est organisé par l'action commune des travailleurs/euses et non par des agents du gouvernement.

  • Grève générale/solidaire : Ce procédé fait que la bataille économique se convertit en une véritable action des ouvrierEs comme classe. La grève solidaire est la collaboration des catégories d'industries colatérales, mais aussi de celles qui ne sont pas en relation entre elles, avec l'objectif de se prêter aide pour le triomphe dans une branche donnée; en étendant la grève à d'autres industries lorsque cela est jugé nécessaire. Dans ce cas les travailleurs/euses ne se contentent pas de prêter un appui économique à leurs frères et soeurs en lutte mais ils/elles vont plus loin et, paralysant des industries entières, ils/elles causent une rupture dans l'ensemble de la vie économique afin que leurs revendications soient réellement prises en compte. Ces grèves peuvent également avoir lieu contre des licenciements injustes.

  • Sabotage et Boycott : Le sabotage consiste en ce que les travailleurs/euses opposent les obstacles les plus grands possible à la marche normale du travail. C'est la destruction des bénéfices pour atteindre un objectif révolutionnaire. Le boycott est la prohibition imposée contre unE exploiteur/rice où travailleurs/euses et consommateurs/rices cessent d'être dépendantEs ou clientEs. C'est le refus systématique d'acquérir les marchandises provenant des entreprises dont les produits ne sont pas élaborés dans les conditions approuvées par les syndicats. Ces concepts peuvent avoir une importance décisive, spécialement dans les branches d'industries qui fournissent des marchandises d'usage général.

  • Fédéralisme : C'est l'organisation par le moyen de la libre association des producteurs/rices ou consommateurs/rices. Cela signifie, pour les anarchistes, une organisation sociale basée sur le libre accord, qui va depuis la base locale vers les échelons intermédiaires de la région, de la nation et, finalement, le niveau universel de l'humanité.

  • Antimilitarisme : Les anarchistes voient que la forme sociale actuelle d'organisation de la violence, dont l'expression systématique est l'État, peut seulement exister à travers le militarisme qui, pour sa part, représente la violence méthodiquement organisée.

Expressions anarchosyndicalistes en Colombie

Il est maintenant nécessaire de décrire d'une manière très sommaire quels sont les fondements et les principes des expressions anarcchosyndicalistas pour parvenir à connaître les implications de celles-ci et leurs influences à l'intérieur des mouvements sociaux. En se basant sur les appréciations de l'auteur Alfredo Gómez-Müller, dans son livre « Anarquismo y anarcosindicalismo en América Latina », on essayera maintenant d'expliquer les différentes manifestations anarchosyndicalistes en Colombie.
  • Antorcha Libertaria et Voz Popular :
    Antorcha Libertaria (Torche Libertaire) fut fondée à Bogota en 1924, s'établissant dans un lieu connu sous le nom de "La Casa del Pueblo" (La Maison du Peuple). À l'intérieur de ce lieu commença la publication de Voz Popular (Voix Populaire), avec une claire orientation anarchiste. Dans ce projet ne se superposaient pas d'autres idéologies, comme cela fut le cas avec d'autres journaux, et des articles d'Anselmo Lorenzo (CNT espagnole) étaient reproduits. Le groupe Antorcha Libertaria avait une certaine influence dans le mouvement ouvrier de 1924-25 mais il est difficile de déterminer le degré de celle-ci.

  • Grèves de 1924 :
    En 1924 la mobilisation ouvrière augmenta et dans la région de la Côte Atlantique les expressions insurrectionnelles s'intensifièrent. À cette époque les syndicats d'artisans, réformistes et mutualistes commencèrent à perdre du terrain. À partir de ce moment les figures de l'action directe et de la grève commencèrent à être utilisées. Les principaux secteurs impliqués dans ces processus furent : les chemins de fer, les bananeraies, les transports, les travaux publics, le textile, le bâtiment etc...
    Les organisations ouvrières de Bogota à cette époque paraissent fluctuer entre le réformisme politique/économique d'un coté et l'anarchosyndicalisme d'un autre coté. Bien que plusieurs organisations aient pris une position anti-institutionnelle, les syndicats finirent par céder devant la pression patronale.

  • La FOLA et Vía Libre :
    Le 4 octobre à Barranquilla fut publié le premier numéro de Via Libre (Voie Libre). L'administrateur du journal était Elías Castellanos, anarchiste espagnol qui eut apparemment une grande influence dans les groupes libertaires du Magdalena. Via Libre, de même que Voz Popular, fut un journal nettement anarchiste.
    D'un autre coté, les noyaux anarchosyndicalistes adhérents au projet de Via Libre créèrent en 1925 la FOLA (Federación Obrera del Litoral Atlántico, Fédération Ouvrière du Littoral Atlantique). Cette fédération regroupait 16 syndicats de Barranquilla et de localités voisines. Elle servit d'instrument de liaison et de coordination entre les syndicats et les groupements fédérés.
    On cherchait donc en son sein à en finir avec la bureaucratie, on cherchait à organiser la société à travers la libre association des individus et collectivités autonomes et on cherchait l'abolition de toute échelle hiérarchique. Les organismes fédéraux assumaient des fonctions purement administratives et de coordination.
    La FOLA utilisa des journaux, des meetings, des réunions de propagande et des groupes de théâtre. De plus se forma le Syndicat des Ouvriers et des Ouvrières des Arts Blancs, composé d'employéEs de restaurants et d'hôtels et d'employéEs domestiques entre autres. La FOLA multiplia les débats, les conférences et forums de discussion et parvint à présenter des oeuvres de théâtre sur l'anarchisme.

  • Raúl Eduardo Mahecha(1):
    Gómez-Müller soutient que Mahecha n'était pas communiste mais syndicaliste révolutionnaire avec des visées anti-partidaire. Il identifie également des proximités entre le Groupe Libertaire de Santa Marta et Mahecha.

  • Le Groupe Libertaire de Santa Marta :
    Ce groupe apparut en 1924 et diffusa les idées centrales de l'anarchosyndicalisme, comme le firent Voz Popular et Via Libre. En 1925 fut édité l'hebdomadaire Organización. Ses numéros abordèrent la lutte contre le vice, car on considérait que la consommation d'alcool créait chez les individus une dépendance et que ceux-ci rencontraient des difficultés pour rompre avec le système. Le groupe adopta une ligne d'action unitaire avec d'autres courants socialistes, par exemple plusieurs de ses membres participèrent à des tournées avec des socialistes révolutionnaires, c'est à dire avec le courant emmené par María Cano(2) et Torres Giraldo(3). Il y eurt également un contact permanent entre le Groupe Libertaire, la Confederación Obrera Nacional(4) et le Partido Socialista Revolucionario(5).


NOTES DU TRADUCTEUR:

1. Raúl Eduardo Mahecha (1884-1940): figure du mouvement ouvrier colombien, militant syndical et politique. Animateur de journaux militants. Communiste mais favorable apparemment à l'auto-organisation de la classe ouvrière en dehors des partis, il eut des relations amicales avec certains anarchistes. Organisateur de grèves en particulier dans le secteur pétrolier en 1924 et 1927 et dans les bananeraies en 1928. Emprisonnés plusieurs fois. Après le "massacre des bananeraies" (décembre 1928, où l'armée tire sur une manifestation ouvrière tuant selon certaines estimations près de 1000 personnes), il doit s'enfuir du pays. Voyage en Amérique Latine. Cesse toute activité politique en 1930 après être revenu en Colombie après un séjour en URSS.

2. María Cano (1887-1967) : Figure du mouvement syndical et du socialisme en Colombie. Connue pour ses nombreuses tournées de propagnande et d'agitation dans tout le pays. Emprisonnée suite à la répréssion qui suit le massacre des bananeraies. Militante active du Parti Socialiste Révolutionnaire. Cesse toute activité politique à la fin des années 40.

3. Torres Giraldo : Marxiste, intellectuel, militant syndical et politique. Participe à la CON, au PSR puis au PC colombien dont il est un des dirigeants. Représente à un moment l'Internationale Syndicale Rouge en Amérique Latine. Marginalisé du PC dans les années 40, il se consacre à l'écriture de livres d'histoire sur les luttes populaires en Colombie.

4. Confederación Obrera Nacional : Confédération syndicale fondée en 1925 et influencée par le PSR.

5. Partido Socialista Revolucionario : Influent parti marxiste fondé en 1926. La répression de 1928-29 et la crise mondiale l'affaiblirent. Se transforme en Parti Communiste colombien en 1930. De nombreuses purges ont alors lieu en son sein.


La traduction a été réalisée par le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation (CATS) de Caen en septembre 2011. D'autres traductions sont en téléchargement libre sur notre site : http://ablogm.com/cats/

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