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Sur les lignes...

category amérique du nord / mexique | luttes en milieu de travail | nouvelles author Tuesday May 04, 2010 00:09author by Cause commune - Union communiste libertaire (UCL)author email journal at causecommune dot net Report this post to the editors

Un texte extrait du numéro de mai-juin 2010 du journal Cause commune

Une marée vert pomme à Montréal

Personne ne l'avait vu venir mais le Front commun du secteur public a réussi à mobiliser plus de 70 000 personnes à Montréal le 20 mars dernier. Bien sûr, c'était une parade gentille et hyper-contrôlée mais ça reste impressionnant. La direction des centrales syndicales semble déterminée à obtenir un règlement négocié à n'importe quel prix (tout sauf un décret!). Il n'empêche que le bateau commence à tanguer un peu. Dans le secteur de la santé, le ras-le-bol est généralisé chez les infirmières (y'a même des mini-grèves sur le tas pour refuser le temps supplémentaire), au point où la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec) se sent à l'aise pour demander du même souffle la conciliation et aller chercher un mandat de grève. Même chose chez les profs de la grande région montréalaise qui veulent aussi des mandats de grève et qu'on a vu cet hiver et ce printemps dans les manifs antilibérales. Ailleurs, par contre, c'est encore le calme plat. Seul l'avenir dira si l'automne sera chaud mais c'est un dossier à surveiller.

Blocus d'usine à Beaupré

Les (ex) travailleurs et travailleuses d'AbitibiBowater bloquent l'entrée de l'usine à Beaupré depuis le 22 mars dernier. Une vigile permanente est installée sur les lieux. Le blocus vise à empêcher la compagnie de sortir du matériel de l'usine. L'usine est fermée mais la compagnie doit encore de l'argent aux employé-e-s (12M $ en primes diverses!). Comme AbitibiBowater s'est placée sous la protection de la « loi sur les arrangements avec les créanciers », la seule garantie qu'ont les gens de la région d'être payés un jour, c'est d'empêcher le démantèlement des machines. C'est là leur ultime rapport de force. Fait cocasse, le blocus a l'appui de la municipalité à qui la compagnie doit aussi une fortune en taxes foncières. Le geste est qualifié de symbolique par le président du syndicat local FTQ. Pourtant, il s'agit bel et bien d'action directe. De tels blocus --parfois agrémentés de menaces diverses de détruire le matériel-- ont donné des résultats un peu partout dans le monde (de la France à l'Ontario). C'est peut-être pas « légal » mais c'est tout à fait légitime! Notons que la reprise des activités de l'usine sous contrôle capitaliste s'avère très improbable (et ce n'est pas faute d'avoir essayé, notamment avec un comité de relance appuyé par les élites locales!). Curieusement (!), personne ne semble avoir pensé à la relancer sous contrôle ouvrier, au moins en attendant le versement des sommes dues. Une idée à creuser?

Fermeture de la boulangerie Weston à Longueuil

Après 20 ans d'opération, la boulangerie Weston de Longueuil va fermer en décembre 2010. Le tout s'est joué en mars. Weston voulait abolir 75 postes (sur 145). Les syndiqué-e-s ont dit non à 95%. La compagnie est revenue à la charge avec une menace de fermeture en cas de refus. Les syndiqué-e-s ont encore dit non, à 68%. Les représentant-e-s de la CSD ont été très clairs à l'assemblée : « Il y a un plan A, qui consiste à accepter les offres patronales et un plan B, qui est la fermeture de l'usine » a expliqué le conseiller syndical dans le dossier. « On veut faire partie de la solution, ils veulent tout simplement nous écraser. Quand l'entreprise affirme que nous sommes rentables, mais que nos conditions de travail sont trop avantageuses, je comprends très bien ce qu'elle avait derrière la tête. Nous avons pris très au sérieux leur menace de fermeture. Les travailleuses et les travailleurs se sont exprimés en connaissance de cause et ont démontré qu'ils voulaient d'abord et avant tout être respectés » a déclaré Éloi Lévesque, le président du syndicat. Notons au passage que, selon Françoins Vaudreuil, le président de la CSD, l'usine a déjà été un modèle de «paritarisme» et de collaboration syndicale-patronale. Le pauvre ne comprend pas qu'en vingt ans les relations du travail aient pu se détériorer au point que la fermeture semble définitive. C'est pourtant pas compliqué: si Weston peut faire faire ses « pains » pas mangeable chez Multimarque pour moins cher, il se gênera pas. C'est l'essence même du capitalisme!

Lock-out à l'entrepôt
Provigo de Québec

Les 400 travailleurs et travailleuses de l'entrepôt Provigo de Québec se sont faits mettre en lock-out à la veille du congé pascal. L'employeur leur reprochait notamment de ne pas avoir soumis au vote son « offre finale », déposée 48h plus tôt. Après avoir négocié (!) un gel des salaires de trois ans pour « permettre à Provigo de rentabiliser plus rapidement la construction de son [nouvel] entrepôt [de 55 500 mètres carrés] », le syndicat CSN s'attendait à pouvoir faire un peu de rattrapage et demandait 3% d'augmentation par année, ce qui fut refusé. Ajoutant l'insulte à l'injure, Loblaws, le propriétaire, ment sciemment à la presse au sujet des salaires versés dans son entrepôt. La compagnie affirme verser 38$ de l'heure en incluant les avantages sociaux, ce qui enrage les membres du syndicat dont le salaire réel débute à 12,50$ de l'heure et atteint, après 8 ans à temps plein, 23$. Concrètement, l'entrepôt de Provigo est peut-être le plus moderne mais c'est aussi celui où les salaires sont les plus bas de la région. « Ce n'est pas encore assez! L'employeur veut faire plier la gang. C'est la mentalité Loblaw. Vous ne les connaissez pas. Ceux qui connaissent George Weston ne sont pas surpris. Quand tu fais 1,2 milliard de profits par année, tu es capable de bien des affaires », a commenté à un scribe du Journal de Québec un employé de l'entrepôt à la sortie de l'assemblée syndicale où les « offres » patronales ont été rejetées à 97,8%. Le travail ayant été envoyé dans d'autres entrepôts, les syndiqué-e-s ont commencé à faire des manifestations devant les épiceries Maxi de la région.

Dur Réveil à Saguenay

Les employé-e-s en lock-out de l'hebdo Le Réveil, au Saguenay, ont accepté les offres finales de Quebecor le 15 février dernier. Décision crève-coeur qui visait essentiellement à sauver le journal, menacé de fermeture après 65 ans, et leurs indemnités de départ. Parce que des départs, il y en a, l'unité syndicale passant de 25 à 5 membres. Profondément écœurées après un an de conflit, la présidente du syndicat et deux de ses collègues journalistes ont annoncé leur démission lors de l'assemblée syndicale prévue pour adopter le protocole de retour au travail. Le journal était tellement insipide qu'un nouvel appel au boycott a été lancé par une prof du Cegep de la région. La CSN a publié dans la dernière livraison de son magazine Perspective un reportage portant sur deux stations de radio en faillite qui ont été reprises en main avec succès par le syndicat et transformées en coop. Et bien, cela n'a pas été qu'une coïncidence puisque le 23 avril a été annoncée la formation d'un organisme sans but lucratif par les ex-travailleurs et travailleuses du Journal Le Réveil pour produire régionalement leur propre journal, Le Saguenéen et enfin, se passer définitivement d'un patron aussi vorace que P.K. Péladeau.

* * *

Au moment d'écrire ces lignes, le 15 avril 2010, il y avait au moins 1104 prolétaires en grève ou en lock-out au Québec.

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