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Pendant ce temps en Espagne...

category ibérie | luttes en milieu de travail | nouvelles author Saturday December 05, 2009 04:06author by Cause commune - Union communiste libertaire Report this post to the editors

Un texte du numéro 26 du journal Cause commune

Tentative de coordination de plusieurs tendances libertaires en Andalousie

Les initiateurs et initiatrices de la rencontre des mouvements sociaux et syndicaux alternatifs (1) des 20-21-22 novembre 2009 à Cordoba, où il fut question de trouver des alternatives anticapitalistes à la crise économique en Andalousie, se sont défendus dès le départ de vouloir créer une nouvelle structure organisationnelle permanente (2). Et effectivement, rien de tel n’a été mis sur pied, mais les groupes présents ont affirmé une vague volonté de se coordonner davantage afin de s’entraider mutuellement. Le mouvement anarchiste serait-il dans une impasse organisationnelle dû une conjoncture politique défavorable ? Doit-on se résigner à voir dans cette confusion un mal nécessaire lié à l’un des piliers de la pensée libertaire, l’anti-autoritarisme ?

Esquisse d’une longue et forte tradition anarchiste

Bien que l’Espagne soit apparue longtemps comme un des lieux phares de l’anarchisme par l’entremise de la Fédération anarchiste ibérique (FAI) mais surtout de la mythique Confédération nationale du travail (CNT) (3), il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle, la situation n’est plus ce qu’elle était. En effet, décimé en grand nombre par les troupes fascistes entre 1936 et 1939 et traqué pendant 40 ans par la dictature franquiste (4), les militant-e-s libertaires se sont vus confiné-e-s à la marginalité et plus souvent qu’autrement, à la clandestinité.

En 1976, la dite « transition démocratique espagnole » suite à la mort de Franco ouvre certains espaces de liberté -entre autre syndicales-, mais n’aura pas pour effet de relancer en grande pompe un mouvement anarchiste agonisant. Sa lente reconstruction se présentera en 2009 comme un horizon atomisé d’organisations diverses incapables de faire face aux attaques généralisées des capitalistes et de leur État, encore moins de construire une perspective révolutionnaire. Néanmoins, les fronts de luttes sont multiples et tentent autant que possible de contenir les assauts de la droite économique, politique et morale, comme de la gauche social-démocrate (5). De l’anarcho-syndicalisme aux collectifs de pédagogie libertaire, en passant par les centres sociaux autogérés développés par les courants «anarcho-autonomes», le paysage libertaire espagnole demeure vaste et imprévisible. Des petits collectifs tombent, d’autres se forment, et on recommence... En ce sens, les tentatives organisationnelles qui s’inscrivent dans la durée apparaissent de plus en plus nécessaires, mais cause des maux de têtes à ceux et celles qui tentent de les implanter.

Unité, autonomie, diversité : mieux s’organiser pour mieux lutter

Quelles réflexions pouvons-nous tirer de cette situation ? Au Québec comme en Espagne, les anarchistes ont toujours eu de vives discussions au sujet des structures qui doivent servir de point d’ancrage aux différentes luttes contre le capitalisme, le racisme, le patriarcat et l’État. De par ses assises théoriques et politiques basées entre autre sur la démocratie et l’action directes, l’anarchisme propose une critique particulièrement intéressante du pouvoir, qui n’est pas sans poser des « problèmes » concrets sur le plan de l’organisation. En ce sens, l’anti-autoritarisme inhérent aux visées libertaires enrichi certainement nos débats à propos des modes d’action et d’organisation à préconiser, mais prête également le flanc à des stratégies de « réseaux » voire parfois de « désorganisation » qui méritent d’être questionnées.

Dans un autre ordre d’idée, la suspicion issue de l’instrumentalisation des luttes sociales et ouvrières par les partis politiques ou encore par les grandes centrales syndicales semble toujours faire son œuvre. En ce sens, un certain malaise demeure quant à l’idée de faire des alliances, ou pire de s’intégrer dans une organisation qui dépasse le cadre d’un collectif affinitaire. Évidemment, on ne pourrait se passer de faire la critique de la récupération ou du détournement des combats anarchistes par des forces sociales modérées ou réactionnaires. Néanmoins, ne serait-il pas le temps de se constituer autour d’une force sociopolitique anarchiste unitaire mais diversifiée dans ses modes d’action, cohérente et coordonnée, possédant une capacité de mobilisation et d’intervention réellement déterminante dans la vie politique ? Ce qui est clair, c’est que de l’autre côté de la barricade, nos adversaires possèdent des capacités de propagande idéologique, d’organisation politique et de répression policière très efficaces, face auxquelles nous sommes plus souvent qu’autrement désarmé-e-s dû, entre autre, à notre éclatement.

Notes :
1) Parmi les groupes présents : deux syndicats anarchistes (Confédération générale du travail et Confédération nationale du travail), un syndicat se réclamant du syndicalisme démocratique et d’action directe (Syndicat andalou des travailleurs et travailleuses) ainsi qu’une dizaine de collectifs libertaires impliqués dans diverses luttes populaires, surtout en ce qui à trait à la gentrification.
2) Lire en espagnol : http://www.forosocialsevilla.org/spip.php?article608
3) La CNT comptait lors de la guerre civile espagnole en 1936 près de deux millions de membres et se réclamait explicitement de l’anarcho-syndicalisme.
4) Le franquisme relève du régime fasciste établi par le général Francisco Franco qui organisa un soulèvement militaire en 1936 contre le gouvernement nouvellement élu du Front populaire.
5) Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), au pouvoir actuellement, s’inscrit pleinement dans une logique de collaboration avec les capitalistes. Le plan de sauvetage des banques de 9 milliards d’Euro voté en juin 2009 en est l’exemple récent le plus frappant.

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