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La NEFAC à Québec (2001-2008) - Bilan d’une implication

category amérique du nord / mexique | histoire de l'anarchisme | nouvelles author Saturday July 18, 2009 06:47author by Ruptures - Union communiste libertaire (UCL)author email ucl.quebec at causecommune dot net Report this post to the editors

Un texte du hors-série de la revue Ruptures (mai 2009)

Je m’implique dans le mouvement anarchiste depuis maintenant une dizaine d’années. Avant d’arriver à l’anarchisme, j’ai milité pendant 5 ou 6 ans dans ce qui tenait lieu de mouvance radicale au début des années 1990, un mélange de trotskisme, d’antifascisme et de luttes étudiantes. Après quelques années d’implication à l’UQAM avec le MDE (Mouvement pour le droit à l’éducation) puis avec le CAP (Comité d’action politique), je participe à la création du Groupe libertaire Frayhayt au mois de septembre 1999, puis de la CLAC au mois de mars 2000.
[English] [Castellano]

J’ai appris l’existence de la NEFAC quelques mois avant le Sommet des Amériques, au cours de l’été 2000 si mes souvenirs sont bons. J’avoue avoir été plutôt sceptique quant à ses chances de réussir. Combien pouvait-il y avoir d’anarcho-communistes au Québec? Une douzaine? Non, vraiment, ça ne pouvait pas fonctionner. Il faut dire que l’expérience dans laquelle j’étais plongé –la CLAC- était pour le moins prometteuse. Ce à quoi nous rêvions, un mouvement de masse anti-capitaliste, était en train de prendre forme sous nos yeux, porté par la vague anti-mondialisation. Nous étions en mesure de mobiliser des milliers de personnes, non plus sur de vagues mots d’ordre dénonçant les effets du néolibéralisme (comme c’était le cas depuis plusieurs années), mais bien sur un rejet clair des fondements du système capitaliste. Mieux encore, les principes de démocratie directe, d’auto-organisation et d’éducation populaire étaient au coeur de cette démarche. Si les mois précédant le Sommet ont pu être grisants (et stressants), autant le Sommet lui-même a été à la hauteur de mes espérances. C’est à peine si j’ai eu connaissance de la participation de la NEFAC (1) à ces événements, tellement les rues de Québec foisonnaient d’anarchistes et de révolutionnaires en tout genre.

L’après Sommet m’a vite fait déchanter. Dès le mois de juin, je rejoins celles et ceux qui, à Québec, s’étaient regroupé-e-s sous l’acronyme CASA (Comité d’accueil du Sommet des Amériques) pour une fin de semaine de réflexion près de Valcartier. Une trentaine de personnes, pour la plupart des étudiants et des étudiantes à l’Université Laval, participent à cette assemblée d’orientation. Malgré des débats intéressants, aucune perspective claire ne se dégage de la rencontre. Le Sommet est maintenant chose du passé, et avec lui, plusieurs des personnes présentes vont peu à peu abandonner l’activisme. Cette perspective –ou cette absence de perspectives- ne m’enchantait guère. Je collaborais de plus en plus régulièrement au journal «Rebelles». Je pensais pouvoir poursuivre sur cette lancée à mon retour à Québec. Malheureusement, le collectif qui édite «Rebelles» cesse lui aussi ses activités au cours de l’été. Je me tourne alors vers la seule organisation susceptible d’amener une implication à long terme, pour laquelle un projet collectif commun – le communisme libertaire- n’est pas un «tabou», mais quelque chose de pleinement assumé.

Je deviens sympathisant de la NEFAC au mois de juillet 2001. Quelques jours plus tard, le 23 juillet, je prends la parole au nom du groupe anarchiste Émile-Henry dans une manifestation pour dénoncer l’assassinat de Carlo Giuliani, devant le consulat italien à Limoilou, Je deviens membre de la fédération peu de temps après. Malgré quelques bémols à propos de la plateforme de la NEFAC, il me semblait plus important de me joindre à un groupe souhaitant développer un courant anarchiste organisé que d’aller de sommet en sommet, d’une campagne à l’autre, sans perspective révolutionnaire.

L’activisme tout azimut

Ma première année comme membre de la NEFAC a été pour le moins chargée! Dès la fin de l’été, nous produisons un premier numéro d’un nouveau bulletin de l’Union locale de la NEFAC intitulé «La Nuit» (en hommage au journal anarchiste du même nom produit à Montréal de 1976 à 1986). Ce bulletin préfigure ce que sera quelques années plus tard «Cause commune» : un bulletin paraissant sur une base régulière qui est diffusé dans les manifs et dans divers lieux publics. «L’Union locale» remplace le groupe Émile-Henry comme collectif de la NEFAC à Québec, suite au départ de plusieurs personnes et l’arrivée de quelques autres. Le premier numéro de «La Nuit» aborde la question du patriarcat et de l’esclavage salarié, deux thèmes qui reviendront périodiquement dans nos publications.

Comme à peu près toute la gauche radicale, l’attaque du World Trade Center et du Pentagone le 11 septembre 2001 nous prend quelque peu au dépourvu. L’Union locale diffuse néanmoins un communiqué de la NEFAC, écrit par nos camarades des États-Unis, lors d’une manifestation à Québec à la fin du mois de septembre. Nous en profitons pour annoncer une série d’événements à venir, dont la sortie imminente d’une toute nouvelle publication de la NEFAC... en français. Le 13 octobre, le premier numéro de Ruptures sort enfin. Publié à 1000 exemplaires, il est entièrement produit à Québec, grâce à la collaboration de quelques sympathisants et sympathisantes. Le lancement a lieu dans le sous-sol de l’Église Saint-Jean-Baptiste, en présence d’une centaine de personnes. Ruptures ne passe pas inaperçu, tout particulièrement le texte «Nous sommes plateformistes», lequel suscite de nombreuses réactions et railleries de la part du «milieu» anarchiste. Chez les «ex» de la CASA, plusieurs tournent le dos à la NEFAC et une certaine compétition malsaine se développe entre les militants et les militantes «organisé-e-s» (ça c’est nous) et les «inorganisé-e-s» (les autres). C’est aussi le temps des scissions avec deux camarades qui iront bientôt grossir (pour un temps) les rangs de «l’ultra-gauche» montréalaise, non sans publier divers textes et pamphlets dénonçant leurs anciens camarades.

L’automne est marqué par plusieurs autres activités publiques, certaines organisées dans le cadre de l’Université populaire du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, d’autres de façon autonomes. La fin de semaine du 23 novembre, nous présentons non pas une, mais deux conférences publiques : le vendredi avec Gaétan Héroux, de l’OCAP (Ontario Coalition Against Poverty), et le dimanche avec Juan Nivardo Rodriguez, des Juventudes Libertarias (Bolivie), au Centre Lucien-Borne. Malgré une mobilisation limitée, la salle est pleine! Le Sommet des Amériques fait encore sentir ses effets...

Le 1er et le 2 décembre 2001, la NEFAC organise une fin de semaine de réflexion sur le patriarcat à Montréal sur le campus Loyola, dans l’ouest de la ville. C’est le premier événement public organisé conjointement par les différents collectifs du Québec depuis le Sommet des Amériques. Le programme, assez chargé, est élaboré par les groupes de Québec et de Montréal. Plusieurs ex-membres de la CASA sont présents et présentes, de même qu’un grand nombre de sympathisants et de sympathisantes de la région de Montréal et des États-Unis. Malgré de nombreux problèmes logistiques et un certain manque de préparation politique, la rencontre est un succès au niveau de la participation. Elle permettra de dresser la table pour le deuxième numéro de Ruptures qui sortira au mois d’avril 2002.

À l’hiver, la NEFAC débute une première tournée «en région». L’invitation est lancée aux anarchistes vivant à l’extérieur de Montréal et Québec d’organiser des événements avec nous dans leur coin de pays. Des membres de l’Union locale de Québec se rendent ainsi à Sorel le 25 mars 2002 pour présenter une conférence d’introduction à l’anarchisme au Café-Bistro Le Cinoche. Le 24 avril, nous nous rendons à Saint-Georges-de-Beauce à l’invitation d’étudiants et d’étudiantes du CEGEP pour animer un atelier sur la mondialisation. Près d’une quarantaine de personnes sont présentes. Le 6 mai, je me rends à Sherbrooke pour présenter une conférence sur l’éducation libertaire devant un petit groupe de cégépiens et de cégépiennes.

Ces activités ne nous empêchent pas d’organiser d’autres événements publics à Québec. Le 2 avril, nous accueillons une caravane qui mobilise en vue de la réunion G8 à Kananaskis (Alberta). Une foule nombreuse se presse pour écouter divers conférenciers et conférencières, dont Jaggi Singh. Trois semaines plus tard, le 20 et le 21 avril, la NEFAC tient une autre fin de semaine de réflexion à Québec, portant cette fois-ci sur les classes sociales et la lutte des classes. Des gens d’un peu partout assistent à cette rencontre, dont un groupe d’étudiants et d’étudiantes de Saint- Jérôme. Le 5 mai, nous récidivons avec une conférence «internationaliste» à Québec. Chekov Feeney du Workers Solidarity Movement (Irlande), Laurent Scapin d'Alternative Libertaire (France) et Phébus (pour notre collectif) présentent différentes réalités du mouvement anarchiste et les horizons qui s'ouvrent au niveau de l'organisation. C’est pendant cette période que l’Union locale de Québec devient le Collectif anarchiste La Nuit. Ce changement de nom traduit une volonté de clarifier notre mode d’organisation et nos objectifs pour sortir du cercle vicieux «activiste» dans lequel nous sommes plongé-e-s. L’idée de former un groupe affinitaire «fermé» (comme Émile-Henry) est mise de côté. Dès le moment où une personne partage nos positions politiques, un processus formel d’intégration se met en branle, débouchant sur l’adhésion (ou non) de la personne après trois réunions. Le collectif se donne pour objectif de participer à l’animation d’un pôle libertaire à Québec, de développer une stratégie d’implantation dans nos milieux de vie, de travail et d’étude et de soutenir les luttes sociales. L’action du collectif s’appuiera sur une analyse de la conjoncture et des objectifs à court, moyen et long terme. Nous souhaitons également alterner les rencontres de formation théorique à celles de poutine plus technique.

L’été du squat

Le 17 mai, environ 200 personnes mobilisées par le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste et d’autres groupes membres du FRAPRU manifestent dans les rues de Québec pour revendiquer du logement social. La manifestation aboutie devant le 920, de la Chevrotière, un petit triplex abandonné depuis trois ans qui appartient à la Ville de Québec. Une quinzaine de militants et de militantes (dont deux membres de la NEFAC) se barricadent à l’intérieur. Ainsi débute le squat de la Chevrotière. L’occupation, qui devait durer 48 heures, se poursuit pendant près de quatre mois. Le «920» devient le point central des luttes à Québec pendant tout l’été. C’est là que va naître la Page Noire, la librairie sociale autogérée, dans laquelle plusieurs membres de la NEFAC vont s’investir dès le début (2). Notre collectif va y organiser deux activités. Le 8 juin, pendant le Congrès du FRAPRU à Québec, nous lançons au squat une brochure sur la question du logement écrite par Phébus. Plusieurs délégué-e-s du FRAPRU participent aux échanges. Le 10 août, nous organisons une projection de film avec deux membres de la Fédération anarchiste (France) de passage à Québec sur les expériences autogérées au Sénégal.

Du 13 au 15 septembre, la NEFAC se réunit en congrès à Montréal. C’est la première fois que je rencontre face à face mes camarades des États-Unis et de l’Ontario. La rencontre est très houleuse, mais débouche sur l’adoption d’une stratégie commune. Désormais, les collectifs membres de la NEFAC travailleront sur trois axes d’interventions, soit l’anti-racisme/l’antifascisme, les luttes dans nos communautés et sur les lieux de travail.

Moins d’une semaine après ce congrès, les squatters du 920 de la Chevrotière sont évincé-e-s par la police. Rétrospectivement, on peut dire que le squat a eu une importance capitale dans le parcours de nombreux militants et de nombreuses militantes de Québec. Deux nouveaux collectifs vont se constituer dans son sillon : le Collectif des bas-quartiers et Dada à faim. Tous deux sont composés en majorité d’ex-membres de la CASA, tout particulièrement des femmes. Quant à La Nuit, le collectif sort affaibli de cette aventure. Nous n’avons pas été en mesure de développer une vision collective précise de ce que devait être notre intervention à l’intérieur de l’occupation. Nous nous sommes investi-e-s à fond, mais de manière désordonnée et individuelle. Plusieurs membres, sympathisants et sympathisantes quitteront notre collectif dans les mois qui suivent pour rejoindre Dada à Faim ou les Bas quartiers. La dernière année a siphonné beaucoup de temps et d’énergie. Si le nombre de membres a rapidement grimpé, le collectif se retrouve maintenant réduit à sa plus simple expression. Nous ne sommes plus que quelques membres actifs, tous des gars. Autour de nous gravite un noyau de sympathisants et de sympathisantes que nous avons beaucoup de difficulté à maintenir.

Trois fronts de lutte

Les nouvelles orientations prises par la NEFAC vont marquer l’activité du collectif dans sa deuxième année. Si nous continuons de participer aux mobilisations de la gauche politique (3) ou de la gauche libertaire (4), notre action va se dérouler principalement sur le terrain de la lutte antifasciste et de la solidarité ouvrière.

Vers la fin de l’été 2002, une nouvelle section de RASH (5) va apparaître à Québec, à laquelle participeront plusieurs membres de La Nuit. Nous prenons conscience de la nazification d’une partie de la scène punk de Québec et décidons d’intervenir à notre façon. Parallèlement, de plus en plus de signes laissent croire que des groupes de boneheads s’activent dans la banlieue ouest. Notre collectif est contacté par un groupe d’étudiants et d’étudiantes du cégep F.X. Garneau. Ces militants et ces militantes nous invitent présenter une conférence le 2 décembre 2002 sur la question du racisme et de l’extrême droite dans les murs de l’institution (6). Comme l’écrit Red Roady quelques années plus tard dans les pages de Ruptures : «Quelle n’est pas notre surprise de voir arriver aux portes de la conférence une dizaine de néo-nazis venant de toute évidence nuire à la bonne tenue de l’événement. Après empoignade, les jeunes racistes ont du retourner bredouille dans leur banlieue bourgeoise». C’est le début d’une longue série d’altercations qui se poursuivront pendant plus de 5 ans avec différents groupuscules d’extrême droite (Québec Radical, MLNQ, boneheads, NSBM, skins nationalistes...). Un tel climat ne favorise pas non plus les nouvelles adhésions... Les débats sont parfois vifs avec la majeure partie de la gauche libertaire qui ne voit tout simplement pas la nécessité de la lutte antifasciste «de rue» et/ou désapprouve certains des moyens utilisés. Ce que refusent de voir ces militants et ces militantes, c’est que nous faisons également de l’éducation populaire dans des milieux où la gauche est généralement absente (7). Mais rétrospectivement, je pense que nous sommes plusieurs fois tombés dans un certain machisme, notamment lors de débats sur les tactiques à employer pour lutter contre les fascistes.

Le 24 janvier 2003, notre collectif commence l’une des campagnes les plus importantes de sa courte histoire. Depuis quelques semaines, près de 800 travailleurs et travailleuses des concessionnaires automobiles de la région de Québec sont en lock-out. Leurs employeurs veulent casser le syndicat et imposer des reculs importants au niveau des conditions de travail. Ce conflit se déroule dans l’indifférence généralisée, en partie à cause de l’affiliation du syndicat à la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Nous décidons d’aller sur les lignes de piquetage, puis de rédiger un texte expliquant les causes du conflit et appelant à la solidarité avec les lock-outé-e-s. Un travailleur contacte même notre collectif pour obtenir des copies du texte afin de le distribuer aux clients et aux clientes des garages (qui demeurent ouverts malgré le conflit). Le 15 février 2003, nous organisons avec d’autres collectifs un contingent libertaire dans une manif contre la guerre. Plutôt que de distribuer un texte sur notre opposition à l’intervention impérialiste, nous choisissons de passer notre bulletin «La Nuit» avec le texte sur le lock-out. Tout au long du conflit, nous multiplierons les visites sur les lignes de piquetage. Nous contribuerons dans la mesure de nos moyens à faire connaître les enjeux du conflit à la population de Québec.

Le troisième numéro de Ruptures sort en mars 2003. On retrouve notamment un dossier sur les classes sociales et un débat sur la stratégie révolutionnaire avec Maxim «Tony» Fortin, un libertaire de Québec qui a publié quelques mois plus tôt une brochure critiquant l’analyse et la stratégie de la NEFAC. Le contenu et le ton de ce numéro de Ruptures reflète l’état d’esprit de la NEFAC a cette époque : une certaine mentalité «d’assiégé-e-s» face au reste du mouvement anarchiste et un fort penchant pour des formules incantatoires toutes faites. De manière un peu maladroite, nous tentions de faire valoir l’importance, pour les anarchistes, de sortir du «ghetto» militant et de populariser l’anarchisme au sein de la classe ouvrière. Mais nous étions souvent les seul-e-s à penser de la sorte et les critiques face à notre soi-disant «ouvriérisme» étaient nombreuses. Le succès relatif de notre campagne auprès des ouvriers et des ouvrières en conflit semblait confirmer la justesse de nos positions. Au cours des deux années suivantes, nous tenterons à nouveau l’expérience en développant d’autres campagnes de solidarité (épiceries, garderies, etc.) avec des résultats variables.

Au mois de mai, notre collectif organise deux événements pour lesquels nous produisons une magnifique affiche «couleur», une première pour la NEFAC. Le 1er mai, nous tenons une manifestation «rouge et noire» à laquelle participe une quarantaine de personnes sous une pluie battante. Une dizaine d’anarchistes de Saint-Georges, membres de l’URAB (Union des résistances autogestionnaires de la Beauce) marchent avec nous, de même que des membres de la cellule locale du Parti communiste du Québec. Deux jours plus tard, nous organisons une conférence dans les locaux de la CSN avec deux syndicalistes des États-Unis, membres de la NEFAC, dans le cadre de la tournée «L’anarchie au travail» coordonnée par nos camarades de Montréal. À peine une quinzaine de personnes participent à la rencontre... qui est un échec. On est loin de nos succès de foule de l’année précédente. Un constat s’impose : la nouvelle orientation prise par la NEFAC ne «prend» pas aussi facilement que les thèmes liés à la mondialisation ou les mobilisations contre les sommets.

L’élection de Jean Charest

Le 14 avril 2003, Jean Charest remporte les élections provinciales. Le Parti libéral profite de ce momentum pour annoncer une série de mesures qui visent à «moderniser» l’État (la fameuse «réingénierie») et rendre plus «compétitive» l’économie québécoise. Tout au long de l’automne, nous serons aux premières lignes dans les nombreuses manifestations contre le gouvernement libéral. Le point culminant de cette mobilisation sera la journée d’action du 11 décembre 2003. Ce jour-là, des dizaines de milliers de personnes sortent dans la rue et paralysent le Québec. Nous participons au blocage du Port de Québec en compagnie de syndiqué-e-s du Syndicat canadien de la fonction publique, où l’un de nos camarades milite. Quelque chose d’inattendu se déroule sous nos yeux : et si le mouvement ouvrier sortait enfin de sa torpeur? Malheureusement, la grève générale promise après les fêtes par les directions syndicales ne se matérialise pas, tuant dans l’œuf le mouvement qui allait en se radicalisant. Néanmoins, ce sursaut de combativité syndicale démontre de façon éclatante que la classe ouvrière a le pouvoir d’ébranler l’État et le système capitaliste.. si bien sûr elle le désire et décide d’agir contre l’avis de ses dirigeants et de ses dirigeantes.

Toujours en décembre, c’est la sortie du 21e numéro du journal anarchiste «Le Trouble». Entièrement produit à Québec, c’est l’aboutissement d’un long processus qui vise à fusionner ce journal avec la NEFAC. Depuis plusieurs mois, nous écrivons des textes et nous diffusons le journal à Québec (jusqu’à 500 copies par numéro). Des membres de La Nuit participent également au comité de rédaction. Petite anecdote : lors d’une manifestation du mouvement populaire, un prêtre «progressiste» avec lequel nous discutions à l’occasion sort de sa poche 50$ pour que nous donnions des exemplaires du Trouble aux manifestants et des manifestantes...

Ce processus de fusion va néanmoins échouer pour différentes raisons. Il y a dans le collectif du «Trouble» plusieurs personnes qui sont en désaccord avec la fusion. L’arrivée d’un groupe d’ex-militants de la NEFAC dans ce collectif mettra définitivement un terme au processus. La NEFAC a besoin d’un journal pour remplir un rôle que n’arrive pas à jouer Ruptures : faire de l’agit-prop sur une base régulière. Au mois de mars 2004, la NEFAC lance son propre journal, une publication de 4 pages gratuite intitulée Cause commune. Le lancement du premier numéro à Québec se déroule dans à la galerie «Le Lieu» sur la rue du Pont. Nous en profitons pour faire la projection d’un film sur la participation des anarchistes à la résistance algérienne et aux luttes anticoloniales. Une quarantaine de personnes sont présentes, dont un petit groupe de maoïstes venus de Montréal et quelques anars de Saint-Georges-de-Beauce où se forme, au cours de l’été 2004, un nouveau collectif de la NEFAC. La fédération est maintenant présente dans quatre villes au Québec (Montréal, Sherbrooke, St-Georges et Québec). Au sud de la frontière, la NEFAC se développe rapidement, tout comme en Ontario. À Québec, le collectif reste stable: la question de la mixité demeure entière depuis près de deux ans et nous ne parvenons pas à sortir de cette impasse.

Mobilisations communes

Au printemps 2004, La Nuit organise plusieurs actions avec d’autres collectifs libertaires de Québec. Après deux années pendant lesquelles les tensions ont parfois été vives avec d’autres anarchistes, notre collectif fait son «autocritique» et change d’attitude. Nous lançons l’idée de tenir régulièrement des assemblées réunissant les membres des différents groupes pour élaborer des actions en commun. Une liste internet («Intercollectif») est mise sur pied pour les membres de «l’assemblée des libertaires de Québec». Le14 avril, à l’occasion du premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Jean Charest, nous diffusons un appel à la mobilisation («Généralisons la résistance») en compagnie de La Rixe, Dada à faim et d’autres «libertaires de Québec». Nous annonçons notre participation à l’action «Bloquons Charest» organisée par le REPAC au coin des boulevards Charest et Langelier. L’appel est également signé par une demi-douzaine de collectifs montréalais.

L’assemblée des libertaires de Québec mobilisera également pour la grande manifestation du 1er mai 2004 à Montréal, qui réunit des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses (jusqu’à 100 000) contre les politiques anti-sociales du gouvernement Charest. À l’initiative de la CLAC (dont fait partie la NEFAC-Montréal) et de l’assemblée des libertaires de Québec, un contingent anarchiste réunissant quelques centaines de personnes se forme à la queue de la manifestation. Sans attendre le début de la marche syndicale (qui a près de quatre heures de retard!), nous prenons la rue, précédé du contingent du PCR, pour nous rendre au parc Jarry. Sur place, l’escouade anti-émeute charge les anarchistes et les maoïstes, mais doit battre en retraite sous la pression des manifestants et des manifestantes.

Parallèlement, nous continuons à développer nos contacts en «région» en participant à des conférences sur l’anarchisme à Joliette et en envoyant sur une base régulière le journal Cause commune à un contact dans la région du Bas-Saint-Laurent qui les diffuse à Rivière-du-Loup et Cabano. Le 28 juin 2004, le 4e numéro de Ruptures (dossier spécial sur le nationalisme et l’extrême droite) est lancé à la Taverne Dorchester le soir des élections fédérales. L’article sur l’extrême droite au Québec suscite de très nombreuses réactions. Le PCR réagit vivement au fait qu’un de ses membres soit associé, dans l’article, à un groupe national-bolchevique et au MLNQ, ce qui est pourtant le cas. Quelques mois après la sortie de ce numéro de Ruptures, c’est au tour de Pierre Falardeau de nous attaquer dans les pages du Québécois et du Couac. Falardeau prétend que la NEFAC est à la solde de la RCMP, notamment parce que nous sommes associé-e-s à des collectifs aux États-Unis et Ontario et que nous sommes contre le nationalisme. Cette charge est tellement grossière que plusieurs personnes se chargent de lui clouer le bec sans que nous soyons obligé-e-s de le faire!

De grève en grève

À l’automne 2004, le mouvement pour le droit au logement se mobilise à Québec. Le FRAPRU et le RCLALQ décident d’organiser une action conjointe de grande ampleur : pendant deux jours, des dizaines de militants et de militantes vont «camper» au centre-ville de Québec pour réclamer un grand chantier de logement sociaux et le contrôle obligatoire des loyers. Depuis quelques années, des membres de la NEFAC sont impliqué-e-s dans la lutte pour le droit au logement dans divers groupes populaires. Nous proposons à l’Union régionale de la NEFAC (qui regroupe les collectifs au Québec) de mobiliser pour le «Camp des mal-logé-e-s». À Montréal, la NEFAC parvient à obtenir l’appui de la CLAC. Quelques membres de Québec, Montréal et St-Georges vont participer au campement. Lors de la manifestation de clôture (qui rassemble près de 1000 personnes le 30 octobre), un contingent «rouge et noir» se forme, distribue un tract sur la question du logement et colle des affiches sur le parcours de la marche.

Le 19 novembre 2004, le syndicat des employé-e-s de la SAQ déclanche une grève générale à la grandeur de la province. Le moment choisi (un mois avant Noël) n’est pas anodin : l’objectif est de créer un rapport de force dans la période de l’année où la SAQ réalise ses meilleures ventes. Malheureusement, le conflit est plus dur que prévu. La solidarité des clients et des clientes n’est pas toujours au rendez-vous et c’est par milliers que les consommateurs et les consommatrices se rendent dans les succursales qui demeurent ouvertes. Les divers groupes de la NEFAC vont organiser plusieurs actions de soutien aux grévistes. À Québec, nous nous rendons à l’une des succursales opérées par des scabs pour tenir une action de «ralentissement» aux caisses (i.e. on remplit plusieurs paniers d’épicerie pleins de bouteilles et on refuse de payer la facture en solidarité avec les grévistes). La Nuit produit également une affiche qui est massivement collée sur les magasins (ouverts et fermés). Un après-midi, nous nous rendons à l’entrepôt sur le boulevard Charest pour distribuer un tract aux clients et aux clientes et rendre visite aux rares piqueteurs et piqueteuses qui bravent la température et la mauvaise humeur des consommateurs et consommatrices.

Au moment où prend fin la grève à la SAQ, nous amorçons une grande tournée de conférences avec Ashanti Alston, un ex-membre du Black Panther Party et de la Black Liberation Army devenu anarchiste. Du 9 au 15 février 2005, nous nous rendons à Montréal, Sherbrooke, Québec, Saint-Georges-de-Beauce, Joliette, Chicoutimi... Cette tournée, élaborée lors d’une retraite de la NEFAC à l’été 2004 dans la région des Cantons de l’Est, fut un succès sur toute la ligne.

Une semaine plus tard, le 21 février 2005, la plus longue grève de l’histoire du mouvement étudiant s’amorce. Quelques camarades du collectif étudient à l’Université Laval et s’impliquent à fond dans leur association. D’autres membres, non-étudiants, participent aux actions directes à leur côté. La NEFAC publie plusieurs textes pendant le conflit et produira un bilan de l’implication de ses membres dans Cause commune (numéro 6, mai-juin 2005). Alors que s’achève la grève des étudiants et des étudiantes, Le Nuit co-organise avec quelques libertaires de Québec une journée contre le masculinisme et le patriarcat le 10 avril 2005 au Centre Lucien-Borne. Plusieurs dizaines de personnes participent à l’événement, qui s’inscrit dans la mobilisation contre le congrès «Parole d’homme», une rencontre masculiniste internationale qui se déroule à Montréal du 21 au 24 avril.

Le 6 mai 2005, c’est le lancement du cinquième numéro de Ruptures. On y retrouve un dossier sur les contre-pouvoir et les mouvements sociaux qui s’inscrit dans le prolongement de la tournée d’Ashanti Alston, mais aussi des conflits dans lesquels nous nous sommes impliqué-e-s dans la dernière année. À la fin du mois de mai, nous profitons du passage au Québec de deux militants de l’organisation libertaire française No Pasaran pour organiser une conférence sur l’antifascisme à la Page Noire. Une vingtaine de personnes sont au rendez-vous.

Le 1er juillet 2005, nous passons de la parole aux actes en organisant une petite contremanif à l’action que le MLNQ organise chaque année devant l’Hôtel de Ville de Québec. À la stupéfaction de la cinquantaine d’ultra-nationalistes présents et présentes sur les lieux, nous diffusons à chacun et chacune un tract intitulé «Fachos, hors de nos rues !» qui dénonce les positions de leur chef, Raymond Villeneuve. Cette présence nous vaut un reportage (non-sollicité) à RDI et les critiques d’une partie de la gauche révolutionnaire montréalaise (qui ne comprend toujours pas la menace causée par les mouvements d’extrême droite...). Sans se tromper, on peut dire que la campagne menée par la NEFAC contre le MLNQ (amorcée par nos camarades montréalaisEs en 2002) a très largement contribué à la marginalisation complète de cette organisation et de ses partisans et partisanes, jusqu’à sa mort clinique en 2007.

Nous terminons nos activités estivales en accueillant deux anarchistes originaire de Mexico le 23 août 2005 dans le cadre de la tournée «Diffuser l’utopie, conférences sur la radio libre et le mouvement anarchiste au Mexique» qui vise à lever des fonds pour divers projets comme la Biblioteca Social Reconstruir, la radio libertaire de l'Université Autonome de Mexico (UNAM) et la Caravane Carlo Giuliani.

La lutte contre la droite

Au mois de décembre 2005, notre collectif produit deux affiches de propagande antiélectorale («Politichiens : n’attendons rien d’eux seule la lutte paie. Notre pouvoir est dans la rue, pas dans les urnes») en prévision du scrutin fédéral du 23 janvier 2006. Plusieurs centaines sont posées au centre-ville de Québec. La campagne est relayée ailleurs au Québec par les autres collectifs de la fédération. Sans grande surprise, Stephen Harper et le Parti conservateur prennent le pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire. La région de Québec élit une majorité de député-e-s conservateurs et conservatrices. Quelques mois plus tôt, Andrée Boucher avait réussi à gagner les élections municipales, sans même faire campagne. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la droite populiste a le vent dans les voiles. Une réflexion s’amorce à l’intérieur de notre collectif sur la conjoncture sociale et politique et la remontée de la droite dans la région de Québec. De nouvelles personnes se sont joignent au collectif et tranquillement, nous construisons une unité tactique et théorique sur le sujet.

Au mois de mai 2006, le 6e numéro de Ruptures paraît. On y retrouve un dossier sur l’implication des libertaires dans le mouvement populaire, de même que des articles sur l’état du mouvement étudiant un an après la grève et un bilan du RSTT (Réseau de solidarité des travailleurs et des travailleurses). Le 16 mai 2006, nous accueillons l’ex-membre des brigades internationales et anarchiste Georges Sossenko. La conférence a lieu dans les locaux de la CSN. Une quarantaine de personnes sont présentes dans une atmosphère étrange, où l’admiration côtoie un certain malaise (lorsque Georges répond complètement à côté de la plaque à certaines questions). Au printemps, nous décidons de nous impliquer dans l’organisation de la 4e édition de la Journée autogérée qui a lieu le 4 juin 2006 au Parc de la jeunesse dans le quartier Saint-Roch. La Journée autogérée, comme son nom l’indique, est un événement annuel consacré à l’exploration du concept et des pratiques autogestionnaires. Chaque année, des membres de La Nuit animent des ateliers et tiennent une table de presse. Mais devant la disparition annoncée de la Journée autogérée (à cause de l’épuisement des membres du comité organisateur), nous choisissons de nous investir davantage dans la planification et l’organisation de l’événement. Au final, l’expérience n’est pas vraiment concluante. Les ateliers et les débats attirent relativement peu de monde. Une certaine impression de «déjà-vu» s’est installée. Il n’y aura pas de suite en 2007.

À l’automne 2006, La Nuit prend en charge la production de Cause commune. Une nouvelle maquette et de nouvelles chroniques changent l’aspect et le contenu du journal. Nous organisons également quelques activités publiques. Le 23 septembre, deux membres du collectif se rendent au Forum social régional 02 (à Métabetchouan, au Lac-St-Jean) pour présenter des ateliers sur l’autogestion et les idées anarchistes à l’invitation d’un camarade qui vient de retourner vivre dans la région. Nous pensons pouvoir l’aider à former un nouveau collectif, sans toutefois réussir. Le 4 novembre, La Nuit présente une conférence avec deux membres du CIPO-RFM (8) à l’AgitéE dans le cadre d’une tournée à travers le Québec coordonnée par des camarades de Montréal. Cette activité publique servira d’impulsion à une coalition qui organise quelques semaines plus tard une manif à Québec en solidarité avec les insurgé-e-s de Oaxaca. Faute de temps, nous ne participons pas à ses activités, pas plus qu’à celles des autres coalitions qui se mettront sur pied par la suite (Guerre à la Guerre, l’Autre 400e).

À l’hiver 2007, La Nuit participe à la campagne «Nous on vote pas». Malgré quelques ratés, nous parvenons à coller des centaines d’affiches et de stickers au centre-ville. Par contre, les liens avec le RAME (9) demeurent inexistants, avant, pendant et après la campagne. Contrairement à ce qui s’est passé à Montréal, le RAME demeurera à l’état embryonnaire dans la région de Québec. Sa dissolution n’aura aucun effet sur notre collectif. Au mois de mai, nous organisons deux activités publiques qui obtiennent un certain succès. Un camarade avec qui nous sommes en contact depuis le mois de septembre 2006 nous invite à présenter une conférence sur l’anarchisme à Trois-Rivières dans les locaux de l’UQTR. Plus de 40 personnes y participent. Un collectif prend forme dans cette ville. Le 29 mai, nous organisons un lancement pour le 7e numéro de Ruptures à l’AgitéE. Nous en profitons pour présenter un panel avec deux membres de No Pasaran sur la montée de la droite au Québec et en France. L’objectif est de présenter publiquement les conclusions auxquelles nous sommes arrivé-e-s concernant la conjoncture politique et amener des libertaires à débattre sur ces questions. Environ 25 personnes prennent part aux discussions. Le 22 juin, nous participons au contingent de la NEFAC dans la manifestation anti-militariste de la coalition Guerre à la Guerre. La visibilité obtenue par le contingent est excellente. Nous profitons de la manifestation pour distribuer des centaines de copies de Cause commune aux passants et aux passantes tout le long du trajet. Quelques mois plus tard, La Nuit tentera d’organiser une autre manifestation anti-militariste conjointement avec Guerre à la guerre. Des divergences profondes avec certains militants de cette coalition nous conduisent à un cul de sac. Nous décidons d’organiser la manifestation sur nos propres bases le 28 mars 2008, en invitant divers groupes «progressistes» à appuyer notre démarche. Environ 300 personnes répondent à l’appel et manifestent au centre-ville pour souligner le 90e anniversaire des émeutes contre la conscription et leur opposition à l’intervention militaire canadienne en Afghanistan. Nous en tirons un bilan très positif.

Depuis le début de l’automne 2007, notre collectif a de plus en plus confiance en ses moyens. Plusieurs projets connaissent un certain succès et se traduisent par l’arrivée de nouveaux et de nouvelles membres. Au mois de septembre, nous lançons officiellement un blog et une émission de radio intitulés «Voix de faits» (10). Au début du mois d’octobre 2007, nous prenons l’initiative d’organiser une manifestation pour le droit à l’avortement conjointement avec le collectif de l’émission féministe libertaire «Ainsi squattent-elles». Nous arrivons à mobiliser cinq fois plus de monde que les «pro-vies». Nous répéterons l’expérience au mois d’octobre 2008 avec de meilleurs résultats. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de notre campagne «permanente» contre la droite populiste à Québec.

Un bilan?

S’il est encore trop tôt pour tirer un bilan complet de la NEFAC (à Québec, et au Québec), on peut néanmoins amener ces quelques éléments pour alimenter la réflexion.

Dans un premier temps, la présence d’un collectif anarchiste actif pendant près d’une dizaine d’année n’est peut-être pas spectaculaire, mais c’est en soi un acquis important, du moins dans notre contexte politique. Le courant libertaire n’en est pas à ses premières armes au Québec, mais il a souffert d’un manque flagrant de continuité à travers le temps. À travers ses différentes mutations, la NEFAC a su se développer et se renouveler avant, pendant et après plusieurs moments importants des luttes sociales auxquels nous avons pris part, du Sommet du Québec et de la Jeunesse en passant par le Sommet des Amériques jusqu’aux luttes étudiantes, syndicales et populaires des dernières années. Cette continuité a permis au collectif et à ses membres de se développer, de gagner en expérience et en maturité politique.

L’engagement de plusieurs libertaires, y compris des membres de la NEFAC, dans les mouvements sociaux a fait en sorte de démystifier l’anarchisme pour un grand nombre de militant-e-s, notamment au sein des groupes populaires de la région de Québec. La production d’une émission de radio hebdomadaire et l’animation de sites web, la diffusion de plusieurs dizaines de milliers de tracts, journaux, affiches, livres et brochures, de même que la tenue de dizaines de conférences et d’ateliers ont certainement contribué à faire connaître l’anarchisme et les principes libertaires de façon importante dans divers milieux. Plusieurs campagnes ont fait mouche, comme celle sur la question du vol dans les quartiers populaires ou encore celles sur les élections (qui furent particulièrement nombreuses!).

Mais il faut se rendre à l’évidence: une telle activité n’est pas suffisante pour entraîner l’adhésion d’un grand nombre de personnes à une organisation politique comme la nôtre. Le «turn-over» reste important, même à notre (petite) échelle. Divers facteurs peuvent expliquer ce phénomène. Ce qui est demandé aux membres est plutôt exigeant, nous plongent ainsi dans un cercle vicieux: moins nous sommes nombreux et nombreuses, plus chacun et chacune doit compenser individuellement pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Par ailleurs, nos structures actuelles ne facilitent pas l’engagement d’un grand nombre de personnes. Le caractère quasi-clandestin et affinitaire d’une partie de nos activités qui a caractérisé notre fonctionnement pendant plusieurs années en est l’exemple. Quant au reste, la lecture des textes de Phébus et de Julie amèneront d’autres éléments de réponse tout à fait pertinents.

Et la suite?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le processus de refondation de la NEFAC au Québec suscite beaucoup d’intérêt et de curiosité. Nous ne pouvons pas échouer! Il faut donc prendre le temps de bien faire les choses, d’autant plus que le «dysfonctionnement» de la NEFAC s’est répercuté sur le fonctionnement de l’union régionale au Québec. Après une dizaine d’années d’agitation, de propagande et d’organisation, notre courant a pris une place importante dans le paysage de la gauche anti-capitaliste. Mais ces acquis sont fragiles. Le potentiel est là : à nous de saisir les chances lorsqu’elles se présentent!

Notes

1) Le processus qui a mené à la création de la NEFAC remonte à 1999. Le groupe Émile-Henry (Québec), fondé l'année précédente, en est partie prenante. La NEFAC a été fondée officiellement lors d'un congrès qui s'est tenu à Boston en 2000, où deux délégations du Québec (l'une de Québec, l'autre de Montréal) étaient présentes.

2) L'idée d'un infokiosque n'est toutefois pas née «spontanément». La création d'un espace comme celui-là avait germé dans la tête de certains membres de la NEFAC plusieurs mois auparavant. Il ne manquait qu'un espace --gratui-- et une bonne dose d'organisation pour le concrétiser.

3) Comme par exemple à la manifestation contre l'intervention américaine en Irak le 17 novembre 2002, où nous nous démarquons par une position internationaliste qui refuse le «pacifisme» officiel du comité organisateur. Notre tract, intitulé «Quelle connerie que la paix sociale», est orné d'une magnifique colombe serrant dans ses pattes un cocktail molotov...

4) Nous relayons à Québec le mot d'ordre de grève générale contre la ZLÉA le 32 octobre 2002 aux côtés de Dada à fam et du Collectif des bas-quartiers.

5) Red and Anarchist Skinheads

6) Nous reviendrons à trois autres reprises au CEGEP Garneau pour donner des conférences sur l'éducation libertaire, le masculinisme et l'insurrection zapatiste.

7) Nous sommes ainsi approchés par des gens du Centre communautaire Jacques-Cartier pour organiser un atelier sur le racisme et l'extrême-droite avec des stagiaires. Le RASH publie également un fanzine («Classe contre classe») et organise de nombreux concerts où musique et politique font bon ménage.

8) Consejo Indigena Popular de Oaxaca «Ricardo-Flores-Magon»

9) Réseau anarchiste en milieu étudiant

10) Avant «Voix de faits», des membres de La Nuit ont animé plusieurs émissions de radio à CKIA et CKRL (Au ras des pâquerettes, Quartier Libre...). Mais c'est la première fois qu'une émission est «officiellement» animée et produite par le collectif.

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Un texte extrait du hors-série de la revue Ruptures (mai 2009)

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