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Résoudre la crise : Aux actionnaires de payer !

category france / belgium / luxemburg | economy | opinion/analysis author Friday January 09, 2009 01:18author by Laurent Scapin - Alternative Libertaire Report this post to the editors

Que peut-on proposer concrètement face à la crise actuelle du capitalisme pour rétablir l’économie sur ses deux jambes.

Plutôt que les vieilles lunes étatistes, la situation exige des propositions fortes, remettant en cause profondément le capitalisme dès maintenant. Et pour construire ces propositions de façon cohérente, il faut commencer par comprendre les raisons structurelles et les raisons conjoncturelles de la situation actuelle.

Contre les chimères du « bon » capitalisme

Les raisons structurelles tiennent au système capitaliste lui-même. Il n’y a pas d’un côté un « méchant » capitalisme financier et de l’autre un « bon » capitalisme industriel. Cette analyse manichéenne est bonne pour des ignares en économie comme Sarkozy. Le capitalisme financier et le capitalisme industriel vivent à la fois en interdépendance et en concurrence permanente. Ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Le système capitaliste exige à la fois une production et des mécanismes d’accumulation et de circulation du capital : la finance. Les pantalonnades sur la « moralisation » du capitalisme, consistant à redonner soi-disant la priorité au capitalisme industriel, ne reposent sur rien.

De même, il n’y a pas un « bon » capitalisme d’État et un « mauvais » capitalisme privé. Les nationalisations sont aussi un outil du capitalisme. Elles n’ont jamais préservé les intérêts des travailleuses et des usagers sur le long terme. L’État n’est qu’un actionnaire un peu particulier. Les appels à la nationalisation des banques ne posent pas la question de l’utilité de ces entreprises et de la réorientation de leur activité. Qu’une banque soit privée ou publique, son rôle dans le système capitaliste est de valoriser ses avoirs le plus possible et le plus vite possible. Donc elle se doit de jouer sur les marchés au « niveau de risque optimum ».

La revendication d’un pôle bancaire public s’inscrit dans la même logique de mythification d’un État impartial, garant de l’intérêt collectif, qui n’a jamais existé. Cette revendication montre très vite ses limites quand on se demande en quoi ce pôle pourrait être différent de ce qui existe déjà, avec la Banque de France (pour la circulation des capitaux) et la Caisse des dépôts et consignations (pour l’investissement). Il ne manque que la dimension banque de détail aux particuliers, mais qui peut croire sérieusement que la non-transformation de la Poste en banque postale aurait fondamentalement changé la donne actuelle ?

Contre les exigences folles du capital

Mais il y a aussi des raisons conjoncturelles. La crise a lieu actuellement et avec l’ampleur que nous lui connaissons parce que le capitalisme a voulu démultiplier ses bénéfices à travers d’une part la mondialisation et d’autre part la financiarisation. Les exigences délirantes de gains exorbitants à très court terme ont conduit inexorablement à la situation actuelle, en empilant les niveaux de risques.

Les subprimes sont symptomatiques : les banques accordent des prêts à risques, puis font prendre un risque encore plus élevé à d’autres investisseurs qui spéculent sur le risque du prêt lui-même, et ainsi de suite. Il ne faut pas oublier, à ce propos, que les subprimes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les comptes des banques regorgent de produits financiers tout aussi dingues, et pour des montants encore plus importants.

Plus un sou pour le capital

Les capitalistes sont très forts pour expliquer aux travailleurs et travailleuses qu’ils et elles doivent « faire des sacrifices » pour le « bien de l’économie ». Il est temps de leur retourner ces arguments. Les rémunérations ahurissantes du capital nous ayant conduit à la crise, il faut que les capitalistes acceptent des « sacrifices ». En clair, ils doivent renoncer à toute rémunération du capital.

C’est une revendication simple, claire et parfaitement logique : plus aucun dividende ne doit être versé. On peut l’étendre facilement à toutes les primes des cadres dirigeants. Cette mesure doit être immédiate dans toutes les entreprises qui licencient ou recourent au chômage technique : s’il n’y a pas de quoi payer les travailleurs et travailleuses, alors il n’y a pas de quoi payer les actionnaires. Ils doivent faire une croix sur leurs dividendes.

Mais cette interdiction des dividendes doit aussi être la règle pour toutes les entreprises. D’un strict point de vue économique, et même dans la logique capitaliste, c’est indispensable pour elancer la machine de production et réorienter la richesse produite « vers la consommation » (d’un point de vue capitaliste) ou « vers la satisfaction des besoins des travailleurs et travailleuses » (d’un point de vue communiste cette fois). Cette revendication devrait donc être une évidence. Elle se décline très concrètement. Faire passer la rémunération du travail avant toute rémunération du capital signifie que nous revendiquons logiquement des augmentations de salaire massives et générales.

Expropriation

Depuis 10 ans, le partage de la richesse produite s’est déplacé de plus de 10 points en faveur du capital et au détriment du travail. Ce vol organisé à l’échelle planétaire débouche sur la crise actuelle en alimentant la rapacité des capitalistes selon une spirale infernale. L’arrêt brutal et total de la rémunération du capital n’est donc qu’un simple rééquilibrage, une restitution aux victimes du fruit de ce hold-up. Mais il met également en lumière l’absence de fondement de la rémunération du capital. Les capitalistes, s’ils ne sont plus rémunérés pour le simple fait de ce qu’ils possèdent, perdront tout intérêt à investir. Il est hors de question qu’ils se payent malgré tout sur le dos des travailleurs et des travailleuses en « récupérant » leur investissement. La question de l’expropriation pure et simple des détenteurs du capital se pose donc rapidement, dès lors que la mesure de bon sens proposée plus haut est mise en œuvre.

Qu’on prenne les choses par le bout des salaires ou par le bout du « fauteur de crise-payeur », la conclusion est la même : plus un sou pour le capital, et expropriation !

Laurent Scapin (AL 93), le 20-11-08

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